Le train Russe

Un p’tit tour en Transsib’ ?

En Russie, il y a (au moins) deux types de train. Les « электричка » (elektritchka) sont des trains de banlieue, à l’image de nos RER ou TER en France. Ils couvrent de courtes distances, avec des places assises tout ce qu’il y a de plus classiques. Mais ce qui nous intéresse dans cet article, ce sont les trains « longue distance ». Et autant dire qu’en Russie, le terme n’est pas usurpé. D’un terminus à l’autre, le voyage peut durer jusqu’à 7 jours, sans une seule correspondance. Forcément, étant donné la durée des trajets, cette fois pas question de rester assis : les wagons sont intégralement composés de places « couchette ».

 

C’est peut-être inutile, mais nous allons préciser un détail important. Lorsqu’il est question de train et de Russie, ça fait tout de suite penser au mythique et mystérieux « Transsibérien ». Ça en fait rêver plus d’un, nous les premiers. Lonely Planet a même édité un guide complet de plusieurs centaines de pages, rien que pour lui. Certains imaginent peut-être un train majestueux, avec écrit « TRANSSIBERIEN » en grosses lettres d’or cyrilliques, un peu à l’image de feu le célèbre Orient-Express, qui a terminé son service dans les années 70 ?

Et bien pas du tout.

Non m’ssieur-dame, le transsibérien n’est pas un train, mais une ligne de chemin de fer. La différence est importante. A l’image d’un Nantes-Paris, sur lequel peut rouler des TGV ou des TER, de nombreux trains différents circulent sur la voie ferrée qui relie Moscou à Vladivostok, autrement appelée « Transsiberian railway ». Et c’est loin d’être la seule grande ligne ferroviaire existant en Russie. Parmi les plus connues, citons la trans-mandchourienne qui relie Moscou à Pékin, la trans-mongol, qui relie également Moscou à Pékin, mais en passant par la Mongolie, pourquoi pas la BAM (Baikal Amour Magistrale), qui relie le lac Baikal à la côte est en passant par l’Oblast « Amour » (qui tient son nom du fleuve « Amour » qui le borde).

 
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Quelle que soit la ligne empruntée, tant que ça reste de la longue distance, l’expérience reste identique. Il y a même des chances que ça soit plus authentique sur les voies un peu éloignée des sentiers battus, puisqu’il y a d’autant moins de probabilité de croiser d’autres touristes étrangers.

Ceci étant dit, qu’ont-ils de si particulier, ces trains russes ?

 

Différentes classes, différentes expériences

Le prix du trajet est lié à la classe du wagon. Il en existe trois :

La première classe, ou « SV »

Chaque compartiment contient deux couchettes bien moelleuses. Autant dire que c’est pénard, confortable, et hors de prix. Pour vous donner un ordre d’idée, un Vologda-Kirov (640km) est à environ 100€.

La seconde classe, ou « Koupé »

Ces wagons sont composés de compartiments à quatre couchettes, encore bien confortables. Pour le même trajet Vologda-Kirov, ce serait environ 50€.

La troisième classe, ou « Platzkart »

Un wagon dortoir où 54 couchettes au confort rudimentaire sont réparties des compartiments ouverts et dans les couloirs. Les couchettes sont bien plus courtes que dans les classes supérieures : pour traverser le wagon, il faut faire attention aux pieds qui dépassent dans les couloirs !

Vous l’aurez compris, pour bien dormir et être tranquille dans son coin, c’est la classe à éviter. Mais pour l’ambiance, les rencontres, bref, une vraie expérience humaine, il n’y a pas photo : c’est là que ça se passe. Même si notre budget nous avait permis de passer à la catégorie supérieure, souvent deux fois plus chère, nous aurions de toute façon voyagé en platzkart.

 
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Le tarif est lié à la classe, donc, mais aussi à la distance parcourue. Pas de mauvaise surprise, car même en s’y prenant au dernier moment, les prix ne flambent pas. Encore faut-il qu’il reste des couchettes disponibles… Pour acheter un ticket, c’est simple : il suffit d’aller au guichet de la gare ou sur le site internet officiel, qui est plutôt bien fait avec une partie en anglais.

Pour vous donner un ordre d’idée des tarifs, nous allons prendre l’exemple du grand classique Moscou-Vladivostok, qui fait la bagatelle de 9260 kilomètres, et reste à ce jour la plus longue ligne ferroviaire pour passagers au monde. Je viens d’aller voir les tarifs pour un départ dans la semaine. Ça donne quelque chose comme ça (en prenant le taux de change actuel, soit 1€ = 70RUB) :
– Pour une place en 1ère, il faut débourser environ 520€
– En Koupé, c’est entre 200 et 300€ selon les jours
– En Platzkart, c’est entre 80 et 120€ selon les jours

Le prix au kilomètre est plutôt alléchant !
 

Le « Golden Eagle » ou « Transsiberien express »

Aller, pour être tout à fait complet, nous devons ajouter qu’il existe bien un train de luxe, le « Golden Eagle », qui emprunte la ligne du transsibérien. Voici quelques informations pratiques pour ceux qui seraient intéressés. C’est un voyage de 15 jours reliant Vladivostok à Moscou. Des arrêts sont prévus dans les principales escales touristiques. Ça ne se réserve pas en gare, mais en agence de voyage, « à partir de » 15 000€ pour les plus déshérités. Mais il y a aussi une classe « Suite impérial » qui débute les hostilités à 30 000€. Rassurez-vous, à ces tarifs-là, les repas sont inclus… Mais pas sûr que vous y croiserez beaucoup de gens de locaux.

Nous avons croisé un de ces fameux « Golden Eagle », et c’est vrai qu’ils en jettent. Mais croyez-le ou non, nous avons préféré rester en platzkart.

 

La vie à bord

Pour faciliter la vie à bord, chaque wagon est équipé d’un samovar, une sorte de grosse bombonne qui permet d’avoir de l’eau bouillante à disposition. Pratique pour le thé, le café, mais aussi réhydrater des noodles.

 
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Lors d’un voyage de plusieurs jours dans un espace aussi restreint, une sorte de mini-communauté se créé. Les allées et venues sont continues, que ce soit pour accéder aux toilettes, au samovar ou aux rares prises électriques. Il faut se mettre d’accord avec les voisins avant d’ouvrir la fenêtre pour aérer ou la fermer parce qu’il fat froid. A chaque arrêt, qui peuvent avoir lieu à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, certains partent, d’autres montent. L’ambiance d’un wagon peut être complètement différente, selon qu’il est composé de babouchkas, de jeunes alcooliques, de familles avec enfants, de musiciens folkloriques, ou de touristes. C’est l’occasion de croiser toutes sortes de gens, et tout ça se fait généralement dans le plus grand respect et même d’entre-aide, parce qu’au final, on se retrouve tous dans le même bateau ! Les odeurs de thé, de vodka, de nourriture se mêlent aux odeurs corporelles, ça fait aussi parti de l’expérience unique du train russe !

 

Pour gérer tout ce petit monde, la « provonidza » est présente dans chaque rame. C’est un peu la nounou du wagon pendant tout le trajet. Elle contrôle les billets, s’occupe de l’intendance, vérifie que tout est en ordre. Elle est là pour réveiller les passagers qui doivent descendre en pleine nuit, et doit même parfois se charger de calmer les buveurs de vodka un peu trop bruyants. Bref, elle s’assure que tout se passe au mieux pendant le voyage.

 
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D’ailleurs, le terme provonidza est souvent utilisé au féminin. Mais même si ce n’était pas la majorité, nous avons aussi croisé quelques hommes. En tout cas, homme ou femme, aucun ne parlait un mot d’anglais. Il y en avait des sympas tout plein, et d’autres qui nous ignoraient copieusement. Mais globalement, à part au moment de monter dans le train où bien souvent, c’était épique, nous n’avons pas eu beaucoup d’interactions avec notre nounou pendant le trajet.

 

Voilà pour la présentation de notre expérience du train Russe. Mais il nous reste à vous raconter la partie la plus épique, qui consiste à monter dans le train. Que ce soit à Kirov, à Perm, à Ekaterinbourg ou à Oulan Oudé, ça ne sera jamais fait sans surprise… Nous vous raconterons ça au fil des prochains articles !

  3 Commentaires

  1. Jerome   •  

    Salut les copains,
    Vos articles sur le train sont super instructifs et intéressants. Je vais de ce pas acheter des sacs poubelles pour emballer le vélo le jour J:)
    Profitez bien de l’Asie Centrale!
    Jerome

  2. Seb G.   •  

    Juste pour dire qu’il est top cet article.
    Merci de prendre le temps de partager ça avec nous autres sédentaires 😉

    • Milie   •  

      Merci seb
      Au service de la communauté sédentaire 😉

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