Le norvégien en stéréo(type)
Après 2400km en Norvège…
En discutant avec nos hôtes ou avec les personnes croisées sur la route, un élément intéressant est ressorti : apparemment, les norvégiens ne voyagent que très peu dans leur propre pays. Leur explication du phénomène est simple : c’est un pays riche, le climat est plutôt frisquet, parfois glacial, et les journées sont très courtes une bonne partie de l’hiver. Donc les norvégiens du sud préfèreraient partir au soleil dans un pays où la vie est moins chère plutôt que se les cailler sur les îles du nord. Et ceux du nord habitent déjà dans un coin assez spectaculaire de la Norvège : très peu d’entre eux seraient tentés d’aller voir d’autres facettes du pays.
C’est à un point qu’un de nos hôtes nous a même dit que si ça se trouve, nous allions voir un peu plus de la Norvège que la plupart des norvégiens ! C’est flatteur, mais sans aller jusque là, c’est vrai que nous avons passé un certain temps en Norvège, en remontant le pays du Sud au Nord, sur 2400km. Nous avons été hébergés dans une vingtaine de foyers différents dont la moitié étaient des norvégiens du cru. Ça nous a laissé largement le temps de nous faire une bonne idée de la Norvège et des norvégiens. Globalement, les habitants des pays que nous avons traversés jusqu’à présent vivent comme nous. On ne s’est jamais pris une grosse claque culturelle à un passage de frontière. Et la plupart du temps, c’est plutôt simple de communiquer : à part en France, tout le monde parle plus ou moins bien anglais. Cela dit, même si on n’est pas totalement dépaysé, ils ne font quand même pas tout exactement comme nous.
L’hospitalité norvégienne
Ce qui est souvent revenu lors de nos discussions avec nos hôtes danois & suédois, c’est que les norvégiens feraient preuve de plus d’hospitalité et seraient certainement plus ouverts à nos demandes d’hébergements à l’improviste que chez eux. Ça a beaucoup étonné certains norvégiens d’entendre ça. Ce qui est marrant, c’est que le peu de norvégiens que nous avons rencontrés au sud de Trondheim nous disaient la même chose des norvégiens du nord :
« Oh, par ici les gens ne sont pas très ouverts, mais vous verrez un peu plus au nord, ce sera plus facile ! »
Juste avant de passer le cercle polaire, donc déjà bien au nord, nous avons fait un stop dans une station-service pour se prendre un petit café. Discuter avec les commerçants locaux est assez facile : quand ils nous voient débarquer en oubliant d’enlever nos casque de vélo, tout trempés ou frigorifiés, et avec mon côté un peu velu, ils sont curieux. Nous étions en train de siroter notre réchaud de café offert par la maison lorsqu’une autre cliente s’est mise à participer à la conversation, en nous disant qu’ici, les gens étaient plutôt fermés et pas très accueillants. Même pas la peine de compter se faire héberger en toquant à la porte. Elle a vécu longtemps au nord de la Norvège, et nous a assuré qu’à partir des îles et plus au nord, ce serait beaucoup plus ouverts.
Et maintenant que nous avons silloné les îles et que sommes quand même allé très au nord… Bon. Pas mieux. Clairement, la Norvège n’aura pas la palme de l’hospitalité.
Le froid du nord
Si nous devions tirer un portrait du norvégien type tel qu’on peut le croiser dans la rue, il faut bien avouer que d’un premier abord, ce serait quelqu’un de plutôt froid, pas très engageant. Inutile de préciser que c’est un ressenti général, ça ne concerne évidemment pas les personnes qui nous ont accueillis à bras ouvert. Exemple : depuis le début, nous avons l’habitude de saluer tous les gens que nous croisons, que ce sur les routes, dans la rue, dans les magasins, aux toilettes, etc. Jusque-là, nous avions pas mal de répondant, parfois des sourires ou un signe de la main, parfois carrément un arrêt au stand pour discuter le bout de gras. Mais les norvégiens ne répondent que très rarement à nos sollicitations amicales. Les personnes qui sont venues nous voir par curiosité pour engager la conversation sont plutôt rares. On ne va pas se lancer dans une analyse sociologique complexe pour trouver des explications. Mais au cas où quelqu’un veut s’y essayer, voici deux pistes à explorer. D’abord, on peut aussi imaginer que le climat un peu rude et les longues soirées d’hiver sans voir le soleil peuvent jouer un peu. Quand il fait froid, tu as envie de rentrer chez toi au chaud, et pas d’aller discuter avec le touriste. Et secondo, pour compléter le portrait des norvégiens tel qu’on l’a ressenti, il faut ajouter qu’ils sont généralement très sportifs (ski cross country, randonnée dans les montagnes, course à pied, vélo, escalade, etc.) Deux cyclistes même un peu chargés ne détonnent pas forcément dans leur quotidien, d’autant plus que nous sommes loin d’être les premiers à remonter la côte norvégienne en vélo.
Les tentatives de tocage
Nous avons commencé à toquer chez les gens à partir de la Suède. Au global, que ce soit en suède ou en Norvège, notre taux de réussite n’est pas bien élevé. Mais il faut souligner une chose importante : les scandinaves ont le mérite de la franchise. Ils refusent, mais en général de manière catégorique et sans appel. Ils ne tournent pas autour du pot, et ça nous fait gagner du temps.
Nous nous sommes demandé pourquoi c’était si compliqué de se faire offrir une simple douche, et un bout de jardin où camper ? Nous avons une théorie sur la question, deux raisons qui pourraient expliquer cette absence d’hospitalité spontanée.
Premièrement, il y a cette loi existante dans tous les pays nordiques qui autorise le camping sauvage sur tout terrain ouvert et non cultivé, et tant que c’est à plus de 150m d’une habitation. Autrement dit, même si c’est la pelouse de quelqu’un, du moment que c’est à plus de 150 de sa baraque, tu peux déballer tout ton fatras pour la nuit. La Norvège est un camping géant, ils appellent ça le « Allemannsretten ». Alors forcément, lorsqu’on débarque chez quelqu’un en demandant si on peut planter la tente dans son jardin, il est en droit de nous prendre pour des grands tarés : il suffit de s’éloigner un peu pour pouvoir le faire sans même avoir à lui demander.
Deuxièmement, nous avons suivi une des « routes cyclables » les plus fréquentées, qui borde toute la côte norvégienne. Un local des îles Lofoten s’étonnait de nous voir pédaler si tôt dans la saison. Il nous disait que quelques semaines plus tard, les cyclo-touristes remontant vers le cap nord allaient débouler par centaines sur ces petites routes sinueuses des îles (en même temps que les moustiques, en fait…). Pas étonnant qu’ils soient un peu frileux pour nous offrir l’hospitalité, si leur quotidien des mois de juin à septembre est de voir défiler des troupeaux de touristes !









