Une belle entrée en matière

Le douanier express !

20 août 2016

Dès notre arrivée à la frontière kazakho-kirghiz, un militaire est venu à notre rencontre. « Passport. »
Les documents en main, il est reparti une minute ou deux, avant de revenir pour nous les rendre. « OK. »
Et hop, il n’était déjà plus là. Manifestement pas bavard mais efficace, le bougre ! Avant de comprendre ce qui nous arrivait, nous avions un nouveau tampon à nos passeports déjà bien chargés. Simple et sans bavure. Nous avons rencontré le douanier qui tamponne plus vite que son ombre. Et nous pouvions entrer au Kirghizstan.

 

Une première nuit… agitée !

C’était encore le milieu d’après-midi et Bishkek était à moins de 30km. Nous aurions facilement pu terminer notre journée dans la capitale kirghiz. Mais pour préserver notre budget restreint, nous avions décidé de planter la tente à quelques encablures de la ville. Nous avons déniché un champ en friche, bien à l’écart de la route. Le meilleur spot pour poser la tente avait l’air d’être de temps en temps emprunté par des véhicules. Mais en regardant autour, on ne voyait pas bien qui aurait l’idée de venir s’aventurer ici en pleine nuit. Après conciliabule, nous avons décidé que l’endroit était suffisamment perdu pour y installer le campement. J’ai installé un vélo de chaque côté de la tente, au cas où. Emilie trouvait ça un peu parano, mais on ne sait jamais.

 

Nous dormions à points fermés depuis deux bonnes heures lorsqu’une lumière aveuglante a envahi la tente. Réveil en sursaut, l’oreille aux aguets. Au bruit du moteur, ce qui devait sûrement être une voiture venait de s’arrêter tout prêt de nous, les pleins phares allumés. Le véhicule a fait mine de nous contourner en passant par le champ d’à côté, pour finalement s’arrêter quelques mètres plus loin. Le moteur s’est coupé, et une portière s’est ouverte. Et merde. A l’instinct, j’ai eu tout juste le temps d’enfiler pantalon et T-Shirt avant d’aller à la rencontre de l’ « intrus ».

 

Principe de précaution ou Parano ?

Nous faire réveiller en pleine nuit, c’est déjà arrivé une ou deux fois. Nous partons du principe qu’une grande majorité des gens ont de bonnes intentions. Bien entendu, il n’est pas totalement exclu de tomber sur l’exception qui confirme la règle, mais en pleine journée, si nous devions nous méfier dès que quelqu’un nous approche, ce serait simplement invivable et il serait temps de rentrer à la maison. En revanche, à la nuit tombée, j’avoue que je suis un poil parano au moindre bruit suspect, d’autant plus si un individu non identifié s’approche de notre campement. Dans ces cas-là, je préfère qu’Émilie reste dans la tente et me laisse aller voir ce qui se passe à l’extérieur. Je sais, c’est un poil misogyne. Mais le ou les intrus ont forcément vu les vélos et savent que nous sommes deux. S’ils ont de mauvaises intentions, ont-ils vraiment besoin de savoir que mon acolyte n’est pas un grand gaillard très costaud ?

 

La « confrontation »

Pour vous aider à imaginer la scène, il faut bien vous dire que tout ce qui a suivi, je l’ai fait complètement au radar. Tiré d’un sommeil profond, j’avais l’esprit encore complètement englué, mais malgré tout boosté par le petit shoot d’adrénaline dû à la situation. Je suis d’abord sorti en catastrophe de la tente en me prenant les pieds dans la porte, pour ensuite me diriger pieds-nus vers la voiture. Je distinguais à peine deux silhouettes qui se détachaient à la lumière rouge des feux arrières. Le conducteur paraissait démesurément grand. L’autre avait un gabarit plus compact. Ils m’ont accueilli en gueulant des trucs incompréhensibles, mais sur un ton qui laissait largement deviner que ce n’était pas des mots doux. Ma première réaction a été de saluer mes nouveaux amis en russe, les paumes de mains tendues en signe de non-agressivité. J’ai poursuivi en bafouillant quelques mots :
Frantsuzskiy. Velociped. Palatka. Kharacho ?

A la seconde où il a compris que j’étais étranger, l’attitude du grand gaillard a changé du tout au tout.

« Oooh, touriiiiist ? Frantsuzskiy, da ? Kharachoooo !!!!  »

Après m’avoir serré la paluche avec un grand sourire, il a commencé à me poser plein de questions. Il avait l’air trop content de rencontrer un étranger. Il ne parlait pas un mot d’anglais et la communication était compliquée, mais l’atmosphère s’était radicalement détendue. Après quelques échanges sans queue ni tête, il a finit par ouvrir son coffre, rempli de gros champignons blancs. Il m’en proposait un saut entier. Je lui ai expliqué que « spasiba bolshoi », mais « niet » parce que « velociped ». Il avait l’air près à discuter le bout de gras un bon moment, mais je lui ai fait comprendre que nous avions eu une longue journée de vélo, que j’avais la tête dans le cul et que je ne serais pas contre réintégrer mon lit avant le levé du jour. Il a semblé comprendre une partie de mon charabia : il m’a demandé à quelle heure on se levait le lendemain matin avant de poursuivre sa route. Je suis retourné me coucher sans vraiment comprendre ce qui venait de m’arriver et j’ai repris ma nuit là où je l’avais laissée.

 

Petit introduction à l’accueil kirghiz !

A l’heure dite, Sultan a débarqué, tout sourire. Il est venu avec sa sœur, étudiante en tourisme à Antalya (Turquie) et parlant parfaitement l’anglais. Grâce à elle, nous avons appris que nous avions planté notre tente sur le champ de ce jeune homme de 22 ans, récemment devenu propriétaire de 8 hectares de terrain cultivable. En nous voyant squatter son champ, il a d’abord pensé que nous étions des gens du coin et il comptait bien nous faire dégager manu-militari… Mais il s’est ravisé quand il a compris que nous n’étions pas du coin. Pour se faire pardonner de nous avoir « dérangé » en pleine nuit, il nous a apporté des produits du jardin : deux énormes pots de confiture de framboise et d’abricot maison, deux belles pastèques, un bon kilo de pommes et une bouteille rempli d’un lait fraîchement du pis de la vache. Nous avons passé une partie de la matinée avec eux. Une étrange mais belle rencontre !

Le Kirghizstan a débuté sur les chapeaux de roues !!

 

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