Le maillon faible

Le calme avant la tempête

Lundi 20 avril. On savait que la première partie de l’étape était tranquille, mais que sur la fin, nous allions devoir affronter un dénivelé de 360m sur 15km.
Depuis deux mois que nous sommes partis, nous avons au moins appris une chose : le matin, on est beaucoup plus efficace. Ce jour-là, pas d’hébergement de prévu. La stratégie était simple : commencer à grimper ce qu’on peut, trouver si possible un endroit où dormir… et poursuivre l’ascension le matin suivant, à la fraîche.

C’est à Bleiken que nous avons décidé de terminer notre journée et de tester l’hospitalité norvégienne. Nous avons commencé à toquer aux portes. Et une, et deux, et trois demandes. Même réponse aussi franche que négative à chaque fois. Pourtant, nous ne demandons rien de plus qu’un bout de jardin… et une douche. Mais il faut dire que la loi norvégienne (comme la suédoise et la finlandaise) autorise n’importe qui à poser la tente n’importe où, du moment que c’est à plus de 150m d’une propriété privée. Ça ne facilite pas les choses.

Cette fois, nous nous étions fait une raison : pas de douche ce soir.

Ça peut arriver n’importe où !

Ça s’est passé sur une route vraiment pentue. Au changement de vitesse, ma chaîne a déraillée et s’est bloquée quelque part dans le pédalier. Une petite session camboui, et c’était reparti. Rien de méchant.

Au carrefour suivant, nous croisons un motard sur une bécane type Harley, sans casque. Nous lui demandons en désespoir de cause s’il ne connaîtrait pas un endroit où planter la tente.
Il réfléchit trois secondes, et nous dit dans un anglais approximatif : chez moi si vous voulez, c’est à 500m.
Il fait demi-tour, et nous emmène chez lui : une maison perchée sur une butte. Je sentais bien qu’il y avait un bruit étrange depuis mon déraillement, mais on touchait au but, on était crevés, on avait un endroit où dormir… Encore 100m et je pouvais regarder ça tranquillement. Mais non. Au moment de donner le dernier coup de fouet pour terminer le boulot, CRAC. Ma chaîne s’était cassée.

Généralement, ça arrive pile au moment où on appuie très fort sur la pédale. Le coup de fouet de la chaîne brisée sur les mollets est un des effets collatéraux pas très agréable. Cette fois j’y ai échappé. Mais les dégâts peuvent être un peu plus conséquents si quand ça arrive, le cycliste est « en danseuse ». Parmi les possibilités d’atterrissage :

  1. Le cadre du vélo fait connaissance avec véhémence avec l’entre-jambe du cycliste, avec une forte probabilités de conséquences assez néfastes
  2. La potence du guidon rencontre (violemment) les parties sensibles du cycliste (qui se vautre lamentablement en se tordant de douleur)
  3. Les fesses du cycliste atterrisse ardemment sur la partie pointue de la selle. Et là, il peut encore éviter la chute, mais pas le gros hématome qui apparaîtra dans les jours qui suivent.

J’ai expérimenté cette troisième option. La fatigue aidant, je n’ai pas trop réfléchi : j’ai ramassé la chaîne pleine de graisse et de terre à pleine main, et terminé le chemin à pied. Emilie a discuté avec notre motard et sa femme pendant que je tentais une opération délicate : je n’avais jamais réparé de chaîne avant. Finalement ce n’est pas bien compliqué. Le temps qu’Emilie monte la tente et installe notre petit nid douillet, c’était réglé. Un des maillons de la chaîne s’était tordu lors de mon déraillement. Il devait tenir à pas grand chose au moment où j’ai donné le gros coup de pédale.
Je l’ai remplacé par un maillon rapide. Et là, je suis vraiment reconnaissant envers l’équipe d’Urban Cycle de nous avoir fait penser à en prendre deux dans nos sacoches !!

maillon

Finalement, malgré les péripétie mécaniques, ce fut une très bonne étape ! Nous avons passé la fin de soirée chez Sissel et Yvar. En plus d’être un motard, c’est également un chasseur qui a butté un bon paquet d’élan. Il nous a proposé de nous faire goûter une rondelle de viande d’élan. Pas mauvais ! En échange, nous lui avons proposé de lui faire goûter une le saucisson sec français (c’est pas tous les jours qu’on en a dans nos valises !) Nous avons eu droit à une bonne douche et même un petit déjeuner le lendemain ! Quel accueil pour une étape improvisée ! Et puis, nous avions déjà fait la moitié de la « grande ascension ». Le jour suivant, ça devrait être du gâteau !

Aller, un autre petit échantillon de la route vers Bleiken.

Certains se demandent peut-être ce que vient faire là cette dernière photo.
Pour ceux qui suivaient les aventures de Janis en 2008-2009, ça va rappeler quelques vieux souvenirs !

  2 Commentaires

  1. Bigwhy   •  

    Quand j’ai vu la dernière photo, je me suis demandé si tu étais devenu nostalgique d’un temps ou il faisait 35°C. 😉
    Bonne continuation.
    Nath

    • Romain   •     Auteur

      Je préfère de loin les 10-15°C qu’on a maintenant que les 35°C que j’avais là-bas !! 🙂

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