Où est donc le grand méchant russe ?

Au voleur !

Attaquons nous au cliché n°6 : Quoiqu’il arrive, il ne faudra jamais quitter les vélos ou les sacs des yeux, au risque de voyager beaucoup plus léger. Et alors si nous sommes assez fous pour planter la tente dans la nature, il faudra bien faire attention à ne pas se faire repérer, au risque d’attirer une panoplie de gens peu recommandables. En fait, il y a de fortes chances pour que nous terminions le voyage à pied, à poil et/ou plumés.

Encore un cliché qui part en fumée. Sur toute notre traversée de Russie, nous ne nous sommes jamais sentis en insécurité. Nous n’avons constaté aucune tentative de vol. Nous n’avons pas rencontré d’individus malveillants, ni même agressif. Alors oui, nous avons croisé deux ou trois gros lourds, surtout dans les trains. Nous savons maintenant qu’à la question de savoir si nous sommes mariés ou pas, il faut toujours répondre que oui. En Russie, le concept de « concubinage » n’a pas l’air d’être entré dans les mœurs. Soit tu es marié, soit tu es célibataire. Emilie a fait l’erreur de tenter d’expliquer à un gars qui prenait son apéro du matin que nous n’étions pas officiellement mariés, mais que c’était tout pareil à nos yeux. Notre Jean-Claude Dusse russe s’est arrêté au début de la phrase. J’étais assis à moins d’un mètre de lui, mais pour lui, j’étais inexistant. Ne pouvant pas vraiment tout miser sur son physique, il a oublié qu’il n’avait aucune chance et il a foncé… Il était très, très insistant. Une situation plutôt embarassante qui aurait pu mal tourner tant le gars paraissait idiot. Pour mettre fin à ce sketch en douceur, on s’est mis à discuter tranquillement entre nous en français en l’ignorant complètement. Il a finit par se lasser ou à comprendre finalement qu’il nous gonflait.

Et autant en finir avec le cliché n°12, qui supposait que nous n’allions tout simplement pas revenir vivants de notre expédition. Nous sommes toujours en vie. CQFD.

 

 

L’hospitalité Russe

Après ces deux clichés négatifs qui ne se sont pas vérifiés, voyons ce que ça donne avec le seul cliché positif de la liste Pour rappel : Dans la panoplie des idées reçues, il en fallait bien une qui redore un peu leur image : les russes seraient généreux et très accueillants. L’hospitalité seraient bien ancrée dans leur culture et nous risquons de souvent repartir de chez nos hôtes les sacoches plus lourdes qu’en arrivant.

Sur les 70 nuits que nous avons passées en Russie, nous aurons dormi 54 fois chez l’habitant, où nous étions quasiment toujours invités à dîner. Nous sommes bien souvent repartis au petit matin avec de la nourriture pour la route. Il nous est même arrivés d’installer notre campement avant de voir débarquer un voisin nous proposant spontanément une chambre et un bon repas maison ! Pour le reste, ce sont quelques nuits dans les transports et moins d’une dizaine en camping sauvage. Parfois, nous étions même content de pouvoir enfin utiliser un peu notre matériel de camping, histoire de ne pas avoir l’impression de le transporter pour rien !! Nous n’avons jamais été dérangés ou réveillés en pleine nuit pour nous demander de déguerpir.

 

 

Cheeeese !

Pour faire bonne mesure et accélérer un peu le rythme (on ne va pas passer les deux ans à causer de la Russie), citons un autre cliché qui s’est vérifié (plus ou moins). Le cliché n°11 affirmait que les russes ne sourient jamais. C’est sûr qu’au premier abord, nous avons constaté que le visage des gens croisés dans la rue n’est pas spécialement ouvert et avenant. Dans les magasins, nous n’étions jamais accueillis par un sourire avenant. Nous avions fait un constat un peu similaire en Norvège, mais là ça atteint un autre niveau. Ils ne font pas la tronche pour autant, leur expression est juste… disons souvent neutre, impassible.

Nous avons mené notre petite enquête, et découverts qu’en Russie, ils ont une utilisation du sourire complètement différente de la nôtre. Ils ont le sourire « utile ». Il faut avoir une bonne raison pour soulever le bord des lèvres. Hors de question de sourire pour rien, juste par politesse. Ton interlocuteur va penser que tu te moques de lui et pourra même te demander ce qu’il y a de si drôle.

Nous n’avions jamais réfléchit à cette question avant la Russie. L’utilisation du sourire est tellement naturelle et ancrée dans notre culture que ce n’est pas facile de changer ça. Apprendre par cœur des formules de politesse ou penser à enlever ses chaussures avant d’entrer dans un bâtiment, d’accord. Mais désapprendre à sourire ? Chez nous, c’est un moyen simple d’amorcer la communication et de briser la glace sans trop se fouler. Ça montrer à notre interlocuteur que nous avons des intentions tout à fait amicales. Pour un russe, c’est suspicieux, ça cache quelque chose. Un russe au travail ne peut simplement pas concevoir d’afficher un sourire, ce qui serait un grand manque de respect à la fois pour la fonction et pour le client. Nous avons pu le constater avec les douaniers, policiers, vendeurs, serveurs, au même au guichet des gares. Même en étant conscient de ces codes complètement différent, nous ne pouvions nous empêcher de nous dire que quand même, un petit sourire ne coûterait pas grand chose. L’expression « aimable comme une porte de prison » prend tout son sens.

 


 

Après quelques semaines sur place, nous pouvions plus ou moins expliquer notre périple à ceux qui s’intéressaient à nous. Comme une sorte de rituel, lorsqu’une personne dans la rue venait nous voir, on lui montrait d’abord la carte du monde avec l’itinéraire prévu. Pas de réaction. Nous expliquons avec des mots simples et des gestes que vélo, deux ans, France, Japon, France. Ils jetaient alors à nouveau un œil à la carte, cette fois avec plus d’attention. Et soudain, le déclic se fait. Immanquablement, ils font un non incrédule de la tête, trois petits clapotement de langue, et ils terminent par une sorte de mou admirative. Mais toujours pas un sourire. A la russe, quoi. La réaction est identique de l’ouest à l’est de la Russie. Bref, un autre cliché validé !

  2 Commentaires

  1. Catherine   •  

    (*) vous voyez de qui je veux parler.

  2. Catherine   •  

    Ah bé oui, très intéressant cet abord de la Russie avec ses clichés plus ou moins vérifiés… !
    Je trouve que Romain a parfois des airs à Pout’in, (*) surtout quand il fait exprès de ne pas sourire ! ;D

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