Mais Pourquoi ?

Remise en question

Dans tous les pays, des rencontres de passage nous demandent parfois pourquoi on fait tout ça. Deux ans à se trimballer sur un vélo. Sur des routes, des chemins, des pistes parfois pourries ou boueuses. Sous le cagnard ou par -5°C. Sous la pluie. Sous la neige. Passer des heures et des heures le cul sur un bout de cuir dur comme du bois et finir la journée sous une tente au milieu de nulle part, à la merci de tous les animaux sauvages (humains ou pas). Quelques-uns nous prennent pour des dingues. Quelques-autres nous ont dit que nous étions des « héros ». On ne se pose pas vraiment la question du pourquoi ou du comment. On le fait parce qu’on aime voyager. Tant que la motivation et le plaisir sont toujours là, on continue. Le jour où ce n’est plus le cas, on rentre aux bercailles.

Nous sommes revenus à Almaty après un petit intermède en France qui nous a permis de revoir famille et amis. Durant cette pause, on s’est complètement déconnecté du voyage, y compris du site internet. Tout juste avons nous pris le temps de trier les milliers de photos que nous avions en stock. Pour être complètement francs, au moment remonter en selle nous avions tous les deux une petite appréhension. L’envie serait-elle toujours là ? La motivation intacte ?

Peut-être que pour la première fois, on s’est nous aussi posé la question du « Pourquoi ».

Dès le premier jour de la reprise, nous avons eu notre réponse.

Faux départ

Les quatre heures de décalage horaire avec la France ont eu beaucoup de mal à passer. D’autant que Makhambet, notre hôte, a eu la gentillesse de nous emmener faire un tour de la ville by-nigh, la veille du départ. Le retour à deux heures du matin nous a donné une bonne excuse pour repousser la reprise d’une journée. Clairement, ça n’a pas aidé à nous recaler !

 

 

Nous avons finalement repris la route le 17 août à 10h30. Almaty est une ville qui dépasse le million d’habitant et qui n’est pas du tout adaptée au vélo. En sortir a été long et laborieux. Comme nous le redoutions, le redémarrage a été dur physiquement. Nous avons fait une première pause « samsa » (gros beignet fourré aux épinards, à l’oignon, à la viande ou au chou) vers midi. Mais une heure plus tard, nous avions à nouveau la dalle. Pour la deuxième pause casse-croûte, on s’est assis sur un bout de parpaing qui se trouvait là, à l’ombre d’un arbre. Nos compteurs n’affichaient que 27 kilomètres et nous étions déjà complètement claqués. Une bonne grosse sieste n’aurait pas été de refus. C’est alors qu’un gros 4×4 BMW est passé à côté de nous. La fenêtre s’est ouverte. Nous avons vu une tête dépasser.

бла бла бла. бла бла ! бла-бла-бла ? Американ ?

L’homme nous a posé une question dans sa langue. Incompréhensible, mais finalement partout dans le monde, les gens nous demandent souvent la même chose : ils veulent savoir d’où on vient. Et quand ça se termine par « Amerikan ? », pas de doute. C’est marrant que, quand ils nous voient, la première nationalité qui leur vient en tête, c’est « américain ». La bonne nouvelle pour nous, c’est qu’au Kazakhstan, ils parlent autant russe que kazakh. Nous n’avions plus qu’à lui répondre avec la seule phrase complète que nous connaissons (avec un accent impeccable, paraît-il) :

мы французский, мы говоримь только по-французски и по-английски.

Littéralement : Nous sommes français. Nous ne parlons que français et anglais (désolé).

Puis on ajoute : русский, чуть чуть. Le russe, tchout-tchout (un peu).

La réaction habituelle, lorsque les rencontres de passage apprennent que nous sommes français, c’est un grand sourire accompagné de paroles incompréhensibles, mais qui semblent très amicales. Ça fait toujours plaisir ! En nous voyant tous les deux assis là, à côté de nos vélos, il nous a carrément invité chez lui pour manger. On n’avait plus vraiment faim, mais il ne s’est pas démonté et a insisté pour nous offrir le thé. Aller, ça nous fera une petite pause ! Il habitait à moins de 100m. En arrivant, il nous a calé devant les Jeux Olympiques, le temps que sa femme prépare « le thé ». On a eu largement le temps de s’endormir devant la télé. Une bonne demi-heure plus tard, nous étions devant un véritable festin.

 

Nous avions chacun devant nous une belle assiette de plov (plat ouzbek composé de riz sauté avec des épices, avec des petits légumes et de la viande). La table était couverte de bonne choses appétissantes : pastèque, confitures maison, gâteaux, pain frais, bonbons. Nous avons même eu le droit à du lait de chamelle !! Et bien sûr, il y avait aussi du thé (parce que quand même, c’était un peu l’objet initial de notre présence ici).

 

Petite aparté : le thé à la russe

En Russie comme au Kazakhstan, ils ont une façon bien particulière de préparer le thé que nous n’avons vu nulle part ailleurs. Dans une théière de taille modeste, ils mettent une grosse quantité de thé qu’ils laissent infuser indéfiniment. C’est bien sûr imbuvable tellement c’est fort et amer. Du concentré de thé. A côté, ils ont une bouilloire de belle taille qui contient l’eau chaude. Au moment de servir, ils versent d’abord une ridicule quantité de leur thé ultra-infusé qu’ils diluent avec de l’eau bouillante pour un obtenir une tasse de thé tout à fait délicieuse. Pour les gros buveurs de thé, ça permet de boire un thé chaud à n’importe quel moment de la journée. Il suffit de faire bouillir de l’eau et hop, c’est prêt. Bien pensé, mais pas sûr que cette technique soit terrible avec un thé un peu délicat qui nécessite une durée d’infusion précise, dans le genre d’un sencha (thé vert japonais).

Fin de l’aparté

 

Nous étions donc chez Borat (ça s’invente pas), Aynour et leurs 3 enfants. Ils paraissaient vraiment content de nous avoir à leur table et malgré la barrière de la langue, de fil en aiguille, ils nous ont demandé si ça nous botterait de goûter le plat national kazakh : le beshbarmak. On connaissait déjà, mais ils nous ont assuré qu’on ne dérangeait pas, qu’on allait dormir à la maison, que ça allait être super.

Une telle hospitalité ne se refuse pas !

Notre étape de reprise n’avait déjà pas débuté très tôt, elle se sera terminée à peine 3h30 plus tard… Nous avions du temps devant nous, on en a profité pour faire une belle révision et nettoyage des vélos, sous l’œil mi-amusé, mi-interrogateur du voisinage. Claqués, nous avons fait une petite sieste, puis Borat est venu me chercher en insistant pour qu’Emilie reste à roupiller (la suite des évènements n’était apparemment pas adapté à la gente féminine). Il m’a demandé si Emilie et moi voulions profiter de leur banya (sauna à la russe, trois heures de préparation). Le temps que ça chauffe, il m’a emmené chez Janis, son voisin. Nous étions « entre hommes », attablés dans le jardin. A dispo, encore de la nourriture : des shashliks (brochettes de viande), des tomates, des concombres et du pain. La fille de Janis (Madina, 18 ans) a été réquisitionnée pour servir de traductrice. Mais elle se tenait debout, à l’écart (parce que faut pas déconner non plus). Une affaire d’homme, je vous dis.

En débouchant une bouteille de vodka, mon hôte m’a appris qu’en bon musulmans, ils ne boivent jamais d’alcool. Oh non. Mais la vodka, ça ne compte pas. On s’est torché la bouteille à quatre avec Borat, Janis et Amir (un autre voisin). A chaque verre, il fallait improviser un mini-discours pour porter un toast. Ils étaient vraiment fiers comme tout de nous avoir comme invités. Janis était curieux et grâce à sa fille, nous avons pu échanger sur pas mal de sujets.

Alors que mon hôte était parti ramener Assanali à la maison (son fils de 18 mois qui venait de se prendre une belle gamelle en grimpant sur une chaise), le voisin m’a demandé si je voulais faire un tour du pâté de maison. Et pourquoi pas ! Après ce cinquième repas de la journée, une petite marche digestive ne peut pas faire de mal ! Mais non, la ballade se ferait assis dans le 4×4 d’Amir, qui avait pourtant largement participé à faire descendre le niveau de la bouteille de vodka. Pas simple de refuser sans être impoli, sa fille n’étant plus là pour traduire. Il s’est bien sûr senti obligé de me montrer toute la puissance de son gros Land Cruiser flambant neuf. Sur quelque chose comme 500 mètres tout au plus, il a failli percuter une bonne dizaine de piétons incluant des enfants et une mère avec poussette. Lors de son passage éclair sur l’avenue principale, il a écrasé l’accélérateur pour effectuer un dépassement plutôt cavalier, avant de freiner en urgence et faire une queue de poisson à la lada sus-dépassée pour ne pas rater le virage à angle droit permettant de revenir au point de départ. Complètement con et sans intérêt.

Entre temps, Borat était revenu et le banya était prêt. Et il faut bien dire que c’est toujours aussi agréable pour se relaxer !

 

Beshbamark party !

Le soir, un couple d’amis a débarqué avec leurs six enfants. Ça faisait toute une tripotée de marmots à courir partout pendant que nous dégustions le beshbarmak arrosé d’un petit vin du pays. Un régal !

Pour rentrer, cette belle famille a appelé un taxi. C’est sage, après avoir bu du vin. Mais si on reprend : deux adultes, six enfants, plus le chauffeur… ça fait du monde à faire entrer dans un cinq place !!

Une dernière anecdote pour la route. Si vous regardez la troisième photo ci-dessous, vous verrez deux enfants en bas-âge dans les bras de leur maman respective. Croyez-le ou non, ils ont 6 et 18 mois. On a demandé confirmation pour être sûr d’avoir bien compris. Des futurs golgoths à la kazakh !

 


 

 

Alors, Pourquoi ?!

La voilà, notre réponse. C’est exactement pour ça que nous voyageons. Nous ne faisons pas des milliers de kilomètres à vélo pour battre un record ou pour la gloire. Les rencontres imprévues, les changements de plan de dernière minute, l’incroyable hospitalité des gens qui nous font partager leur quotidien malgré les différences culturelles et la barrière de la langue, c’est ça qui nous intéresse. Peut-être bien que ce voyage, c’est notre manière à nous d’aller vérifier sur le terrain que des choses toutes bêtes comme l’hospitalité, la gentillesse ou l’entre-aide sont bien plus courantes et répandues que toutes les actualités incompréhensibles, injustes, débiles voire carrément atroces que les journaux, les JT ou les réseaux sociaux nous resservent à toutes les sauces.

Nous sommes repartis regonflés à bloc. Trois jours plus tard, nous atteignons la frontière kirghiz.

 


 

Cette série de photos clos l’épisode « Kazakhstan ». La dernière mérite un petit commentaire. Comme en Russie (décidément, que de similitudes !), ils ont dû avoir un prix de gros sur les panneaux « 12% ». En réalité, cette petite côte atteignait à peine les 7%. Celle du milieu montre la plus célèbre des tablettes de chocolat kazakh, aux couleurs du drapeau national. Il est très bon, mais aussi très fondu après avoir passé une journée dans les sacoches en plein soleil. Ça explique la forme un peu bizarre. Mais une fois fourré dans les brioches, ça fait un excellent pain au chocolat local !

  7 Commentaires

  1. Cédric   •  

    Ca manque d’article tout ça ! Ou je suis pas à la bonne page ? Bisous de bologne !

  2. Marie   •  

    très hospitalier mais un peu bourré et dangereux le Borat…

  3. Poulif   •  

    Salut,
    Ca faisait un bail que j’étais pas passé ici. Un flash, comme ça, au boulot, je me suis dit : Tiens Karoutcho c’est plié ou bien ? Ben pas du tout. Vous êtes toujours sur la route et c’est à peine croyable. Cet article tombe vraiment bien, parce qu’effectivement Pourquoi ? Vous n’avez pas à répondre. Faites-le et revenez nous raconter ça autour d’une mousse.
    Tchou !

  4. Sandra   •  

    Vous faites vraiment des rencontres fabuleuses , merci de nous faire rêver !
    6 et 18 mois les enfants ? Ouais mais leurs mois ne durent pas 30 jours au Kazakhstan, c’est ça ?
    Bonne route

  5. shumi   •  

    j’aime le pourquoi
    <3 !!!!

  6. Gaelle, Jérôme & Cie   •  

    Génial cet article, j’ai beaucoup aimé. Vous êtes des vrais hobbits maintenant, 6 repas par jour !!!
    Sur la deuxième photos, on voit un village au loin et une très belle barrière au premier plan. Étonnant cette barrière au milieu de nulle part, surtout de cette qualité !
    Ce qui va être compliqué pour vous, c’est de noter toutes les recettes que vous nous présentez dans les articles pour les refaire à votre retour. Le beshbarmak, je veux bien goûter (avec un vin français, ça doit le faire aussi).
    Bises à tous les deux, en espérant qu’Emilie se remette vite.
    Jérôme

  7. Sophie   •  

    Moi j’en ai une dans le frigo de tablette de chocolat bleue!
    Oui un cadeau spécial pour pour guérir les polypourris…….
    Sinon, elles sont belles vos photos!
    Zou je vous embrasse fort

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