Le parcours du combattant

Les indications d’Yvar

La veille au soir, entre deux rondelles de saucissons, Yvar a tenté de nous indiquer la route à suivre sur la carte. Un vieux routier comme lui connait la région comme sa poche. Mais il parlait anglais un peu comme la grande majorité des français, ce n’était donc pas évident de comprendre exactement ce qu’il voulait dire. Ou peut-être que nous n’avons pas voulu comprendre, quand il a dit un truc du genre « You don’t want to take this road » en nous montrant la route la plus directe sur la carte.
Quoi on veut pas. Mais si, nous on veut bien tout ce que tu veux, du moment que ça rallonge pas trop.

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La journée démarrait bien : un soleil magnifique, une petite étape de 60km, et au bout, un hébergement en couch surfing à Biri. Et nous voilà à la croisée des chemins, nous devions faire un choix. Selon Yvar, la route qui va vers le nord, on ne veut pas la prendre. On préfère celle qui va vers l’est. Ah. Mais voilà, forcément, celle qui va vers l’est, c’est 25 bornes de détour. Dans les deux cas, un petit panneau indique qu’il s’agit de pistes à vélo. Franchement, elles ont l’air dans le même état un peu boueux mais largement praticable. Si ça passe à l’est, pourquoi pas au nord ? Aller, on tente le coup, on verra bien. Ce n’est que 10km, ça ne peut pas être bien méchant.

La suite en image…

Au début, il y avait un poil de neige sur le bord. Ooooh, regarde comme c’est beau !!
Puis rapidement, c’est devenu une fine couche de neige glacée sur la route. Mais on s’était déjà cogné quelques kilomètres de montées-descentes bien sympa, et… on est aussi têtu l’un que l’autre. On n’aime pas rebrousser chemin.
T’inquiète, ça va passer.

Quand on a vu que la route était bien enneigée, on faisait encore les malins, en se disant qu’on allait certainement galérer un peu, mais que si ça devenait trop compliqué, on pourrait toujours faire demi-tour… Dans le feu de l’action, on peut parfois faire des choix complètement idiots.

Les deux photos suivantes, c’est encore la partie facile, quand nous n’avions de la neige qu’au niveau des chevilles et que les vélos étaient encore suffisamment légers pour ne pas s’enfoncer dans la poudreuse… Croyez-le ou non, et ça vaut aussi dans les montées, sur le bitume, pousser un vélo de 50kg est beaucoup plus fatiguant que de pédaler. Alors dans la neige…

Au bout de deux kilomètres, on ne rigolait plus. On ne se sentait vraiment plus la force de faire demi-tour, il fallait continuer. D’autant plus que nous pensions avoir déjà fait plus des deux-tiers du chemin difficile, selon ce qu’on voyait sur la carte… Nous n’avions plus vraiment la tête à prendre des photos souvenirs. En fait, nous étions tellement crevés que nous étions seulement concentré à avancé, ou à aider l’autre dans les passages les plus difficiles, sans décrocher un mot.
Sur le dernier kilomètre, nous avions de la neige parfois jusqu’au genoux. Sur une grande partie du chemin, il fallait carrément porter les vélos en permanence pour qu’ils ne s’enfoncent pas dans la poudreuse. A certains moments, nous avions de la peine à avancer de plus de quelques mètres sans faire une pause. Par deux fois, nous avons dû enlever les sacoches pour faire passer les vélos d’abord, puis faire des allers-retours pour aller chercher les sacs restés derrière… Des maisons étaient visibles au loin sur les hauteurs, donc la route indiquée sur la carte à quelques centaines de mètres devait forcément être dégagée !! On se raccrochait à cette idée jusqu’au cent derniers mètres, où là nous avons eu un sérieux doute sur la question. C’était pas loin d’être la partie la pire, et on ne voyait toujours pas la route.

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Finalement, elle reprenait bien là où nous pensions. Ça aurait été un vrai coup dur si ça avait continué, car nous étions vraiment épuisés, physiquement et nerveusement. Au final, nous aurons lutté 3 heures non-stop dans la neige pour avancer de seulement 3,5 kilomètres. La petite journée tranquille commençait sur les chapeaux de roue ! Et encore 50 bornes à faire avant d’arriver ! Le pire, c’est que la route était belle et bien fermée. Mais ces zouaves n’ont mis une barrière que d’un côté !!! Si tu crois qu’ils auraient pensé à fermer aussi le côté par lequel nous sommes arrivés !!!


Les photos ne rendent pas vraiment toute l’ampleur de la tâche. Si ça peut vous rassurer, nous avons rapidement eu conscience que nous étions en train de faire une grosse connerie. Mais il faut quand même relativiser, à aucun moment nous n’avons été en danger. Nous n’étions pas perdu, juste sur une piste enneigée. Nous savions où elle allait déboucher, et nous connaissions à peu près la distance qui nous séparait de la prochaine « route ». Au pire, si nous n’avions vraiment pas pu faire autrement, nous avions toujours de quoi nous poser, dormir, manger, boire, et poursuivre après avoir repris des forces.

Cette mésaventure a eu le mérite de nous montrer (une nouvelle fois) qu’il faut savoir faire demi-tour quand il le faut, mais aussi et surtout écouter les locaux… Ce sera sûrement utile pour la suite. En tout cas cet épisode nous a laissé quelques séquelles les jours suivants !! Et c’est une des raisons qui nous aurons poussées à accepter l’offre d’Herma de nous emmener sur l’île de Jøa, donc tout n’est pas négatif. Surtout que, quand même, il faut dire que malgré la difficulté de la traversée, nous étions dans un cadre vraiment magnifique !!

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  6 Commentaires

  1. marie   •  

    Vous êtes tarés! !

    • Milie   •  

      Nan nan juste bornés …
      Y’a plus qu’a tirer les bonnes conclusions : toujours écouter le local (surtout si c’est un chasseur)

  2. Gaëlle, Guillaume et Nora   •  

    Whaou ! Z’êtes bien têtus 😉
    On a bien pensé à vous ce we – petit périple de la maison jusqu’à Saumur et camping ! Chouette expérience !
    A refaire !
    Bises à tous les 2 et plein de belles aventures à suivre ! C’est chouette de vous lire !

    • Milie   •  

      Merci !!
      On est passé par Saumur, de jolies cotes … mais de bons vins pour récupérer ?

  3. Catherine (ws)   •  

    Chaque jour on tire des leçons, on fait sa propre expérience, qui compte plus que les mises en garde des autres… Mais là, c’était aux dépens de vos mollets…!
    Allez salut bande de courageux !
    Au fait, quel est le juron le plus à la mode dans ces cas-là ?

    Catherine, (maison Bouderlique à Montbrehain)

    • Milie   •  

      Merci Catherine pour les messages.
      En ce qui me concerne un bon vieux « putain de Merde », dans ces cas là faut faire dans le classique. Simple et efficace.
      Une bise a toute la maisonnée montbrehainaise !!

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