Le parcours du combattant

Une belle brochette de tourista

Notre trio a rapidement doublé de volume. Sur le chemin, nous avons rattrapé trois jeunes allemands qui pédalaient bien plus vite que nous, mais qui faisaient aussi beaucoup de pauses clopes. De fil en aiguille, nous avons plus ou moins roulé tous ensemble, chacun à son rythme, en se rejoignant à intervalles réguliers. Juste avant d’arriver dans la vallée, nous avons décidé à l’unanimité de faire une pause dans une « homestay » de Langar. Nous pensions qu’un peu de confort nous aiderait à reprendre des forces avant d’entamer la suite. Un bon lit et surtout un bon repas chaud et consistant… Grave erreur ! Nous avions pourtant été prévenus qu’en plus de l’état des routes, il fallait faire très attention à la nourriture locale d’une fraîcheur souvent tout à fait relative. Dès le lendemain, j’étais malade comme un chien. Le jour suivant, trois autres membres de notre petite troupe m’avaient imités. Celle qui s’en est le mieux sorti, c’est Théa, la seule végétarienne du groupe. Mais avant d’arriver à Khorog, toute l’équipée sauvage aura eu son lot de désagréments intestinaux.

 

 

Au petit matin, dans le village de Vichkut, la plupart d’entre-nous étaient tellement HS que nous avons eu de la peine à plier le campement. Difficilement, nous sommes parvenus à nous traîner sur près d’un kilomètre avant qu’un local prenne pitié et nous propose d’aller agoniser chez lui pour la journée… Il nous a finalement hébergé tous les six pour la nuit.

 

 

En troupeau

Nous étions encore à 150km du but et les possibilités de faire du stop étaient quasiment inexistantes… Il fallait bien continuer à avancer. Mais pour ma part, ça n’est pas allé en s’arrangeant. Sur les trois derniers jours, pédaler une cinquantaine de kilomètres quotidiennement jusqu’à Khorog a été pour moi un exploit quasiment surhumain. J’étais lessivé et chaque soubresaut de la route me soulevait l’estomac. Un bonheur. Emilie n’était pas non plus dans une forme olympique, elle a pourtant été héroïque, à m’encourager tout en supportant ma mauvaise humeur.

 

 

Mon niveau de sociabilité s’approchait de son niveau minimum. Autant dire que rouler en peloton me plaisait moyennement alors que je n’avais qu’une envie, me trouver une caverne et y rester blotti quelques années le temps que ça passe. Au lieu de ça, un bulgare et un sud-coréen ont rejoint le troupeau. On se retrouvait à huit, avec pas moins de six tentes à caser à chaque bivouac. Ça devenait complètement ridicule.

 

 

L’effet « Bande annonce »

Prenez un film qui vient de sortir au cinéma et dont tout le monde parle. Les critiques disent que c’est le film de l’année. Vous n’aviez pas forcément envie d’aller au ciné tout de suite mais quelques amis tentent malgré tout de vous convaincre : c’est une tuerie, il ne faut pas rater ça ! Devant tant d’enthousiasme, vous finissez par craquer. Vous y allez avec de grandes espérances, prêt à en prendre plein les mirettes !!! Et finalement… vous sortez de la salle un peu déçu. D’accord, c’est un bon film. Mais ce n’est pas non plus le meilleur film de tout les temps.

Vous avez déjà vécu ce type d’expérience ? Notez que ça fonctionne aussi avec un bouquin, une bouteille de vin ou une boîte de chocolats. Et bien c’est exactement ce qui s’est passé pour nous, avec la vallée de la Wakhan. En nous basant sur le récit des voyageurs que nous avions rencontré en sens inverse, on s’était persuadé que même si on allait en baver, ça allait forcément être une de nos plus belles expériences. Pourtant, même sans tenir compte de cette petite tournée de tourista qui n’a pas facilité les choses, si c’était à refaire nous choisirions probablement l’autre route. Ça y est, maintenant on le sait : les routes pourries, on aime vraiment pas ça.

N’allez pas croire pour autant qu’on fait la fine bouche. Vous avez pu le voir sur les photos, le coin est vraiment joli. Et puis ce n’est pas tous les jours qu’on se retrouvé séparé de l’Afghanistan par une simple rivière, avec les montagnes enneigées du Pakistan en arrière-plan. Mais pour nous, la bande annonce ne reflète pas vraiment la réalité. Tout le monde nous a surtout parlé du cadre magnifique, alors que ce qui nous a vraiment marqué, c’est plus l’accueil de la population locale. Les habitants de cette vallée nous ont semblé particulièrement souriants et bienveillants. Plusieurs fois, alors que le peloton était loin devant nous, des locaux nous ont arrêtés pour nous proposer un toit où dormir. Si nous n’avions pas été aussi nombreux, nous aurions probablement été hébergés chaque soir.

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