Le dernier cliché

Il y a russe… et russe

Nous ne pouvions pas clore le chapitre russe sans vous parler du dernier cliché restant. Nous avons repoussé l’échéance car ce n’est pas le plus simple à aborder : Les russes sont-ils racistes ? Un peu con, comme question. Comment pourrait-on affirmer que toute une population serait raciste ?

La Russie est un pays immense. Le plus grand du monde. Et il y a un détail qui peut nous paraître étrange à nous français, qui ne faisons pas réellement de différence entre peuple, pays, nation ou état. On peut toujours jouer sur les définitions, mais dans un discours présidentiel, ça ne choque personne de remplacer « le peuple français » par « la nation française ».
En Russie, ce n’est pas si simple. Ils ont deux mots pour distinguer les russes (russkij) au sens ethnique, des russes (rossijskij) au sens « citoyens russes » indépendamment de leur appartenance ethnique. Ce grand pays serait peuplé d’environ 170 groupes ethniques différents, dont les russes (80%), mais aussi les tatars, les ukrainiens, les biélorusses, les tchétchènes, les oudmourtes, les bouriates, etc.

Une telle mixité des cultures et des origines devrait permettre de vivre en bonne harmonie, avec respect et tolérance ?

 

Dans le vif du sujet

C’est sûrement ces saloperies de discours d’extrême droite qui nous rend si mal à l’aise avec cette distinction entre ethnie et citoyenneté. C’est pourtant une réalité en Russie : un russe aux origines slaves ne ressemble pas à un bouriate aux origines mongoles, qui ne ressemble pas à un tatar aux origines turcs. Mais c’est forcément plus complexe que ça. Le dernier recensement donne les proportions exactes de chaque ethnies dans la population. Ça voudrait dire que lors d’un recensement officiel, il faut remplir une case « ethnie ». Comment faire lorsque les deux parents sont de deux origines différentes ? Il n’y a donc pas de « couples mixtes » ?

Lors d’une discussion avec Irina (russe) et Sergi (espagnol), nous avions une discussion anodine sur les sportifs les plus connus. En Norvège par exemple, le sportif français le plus souvent cité était Martin Fourcade. Dans la plupart des autres pays, c’était Thierry Henri ou Zinedine Zidane qui revenaient le plus souvent. Pour la Russie, nous avons cité le tennisman Marat Safin. Réaction immédiate d’Irina : « Il n’est pas russe, il est tatar. ». Visiblement aussi surpris que nous, Sergi lui a répondu que jusqu’à preuve du contraire, il porte un passeport russe. Mais la précision semblait lui tenir à cœur.

 


 

Prenons un autre exemple plus costaud. La république de Bouriatie (sibérie orientale) est la seule région de Russie que nous avons traversé où beaucoup de visages avaient des traits asiatiques. Nous y avons rencontré Evgeni, qui nous disait qu’il se sentait bien à Oulan Oudé, où les russes, les bouriates et les autres ethnies sont habitués à se côtoyer. Mais il nous a raconté quelques anecdotes tirées des rares fois où il a mis les pieds à Moscou. Il a vraiment ressenti des réactions hostiles. Lui, ses parents, ses ancêtres ont toujours été russes, on lui a pourtant dit qu’il ferait mieux de retourner dans son pays…

 

Les bornes des limites

La grande majorité de nos hôtes russes ont été d’une hospitalité incroyable. Nous avons pourtant parfois été confrontés à des discours un peu limite. Nous pensons qu’ils se le permettait d’autant plus que nous ressemblons exactement à l’image qu’ils se font des français, avec nos tronches de blanc-becs. On a même finit par se poser la question : aurions-nous été aussi bien accueilli tout au long de notre parcours si notre peau avait été d’une couleur un peu différente ?

Une seule fois, le discours a largement dépassé les bornes des limites. Ça a commencé avec le refrain sur l’immigration en France, auquel nous avons répliqué notre discours maintenant malheureusement bien rôdé. Le gars nous a alors répondu tout à fait sérieusement :

— Mais que faites-vous de la pureté du sang ? Si on se mélange, ce sera bientôt l’extinction de la race blanche !

Sans rire, nous étions sur le cul qu’il ait réellement tenu ce discours. La discussion n’a bien sûr mené nul part. Il a finit par s’en aller en se moquant de notre naïveté.

Nous ne pouvons pas donner de réponse à ce cliché. Nous avons clairement rencontré des gens racistes jusqu’à la moelle, mais affirmer que tous les russes sont racistes, ce serait n’importe quoi. En tout cas, on l’espère…

 

Mariage gay

Nous nous retrouvions quelques fois dans une ambiance vraiment familiale, où les conversation allaient bon train dans toutes les directions, surtout lorsque le repas était arrosé d’un bon vin. Nous traversions la Russie pile à l’époque où la loi sur le mariage gay a été votée aux États-Unis. Le sujet arrivait donc facilement sur le tapis. Et à chaque fois, ça partait en cacahuète tellement nos hôtes semblaient trouver cette nouvelle incroyable. Lorsque nous leur disons que pour nous, cela représentait une énorme avancée de la société américaine, il nous regardaient souvent avec incompréhension. Nouveau sujet de désaccord, et comme pour le racisme, difficile d’en faire une généralité. Mais les réactions étaient si vives que les mentalités des gens concernés ne nous paraissent pas près d’évoluer dans le bon sens. Il ne fait clairement pas bon être homosexuel en Russie.

 

Super Poutine

Tant qu’on est sur des choses marrantes, voilà un dernier thème des plus réjouissant dont nous voulons parler : le président russe.

Nous étions intéressé pour en savoir plus sur le président russe, mais nous ne lancions pas le sujet nous -même, par diplomatie. Mais pas besoin, nos interlocuteurs étant souvent intéressés pour connaître notre point de vue.

Pour tout dire, nous pensions que les russes n’étaient pas dupes. Les sondages les plus récents annonçaient 87% d’opinions favorables ? Ils devaient forcément être truqués. Ça, c’était avant d’arriver. On s’est rapidement aperçu qu’on se trompait. Globalement, parmi les gens que nous avons rencontrés et avec qui nous avons parlé politique, beaucoup étaient très content de l’avoir pour président. Pour gouverner un pays de cette taille, il faut un dirigeant charismatique, à la main de fer. Et beaucoup de gens nous disaient qu’il n’y a personne d’autre de cette trempe dans le paysage politique russe. Et même parmi ses opposants (nous en avons aussi croisé quelques-uns), tous admettaient qu’il avait malgré tout fait des bonnes choses pour le pays.

 


 

Le sujet « Poutine » lancé, nous avions une réponse différente selon la personne qui posait la question. Parfois, on nous demandait notre avis sur un ton de défi. Lorsque nous ne le sentions pas trop (par exemple avec un gros lourd rencontré dans un train), nous répondions simplement pas une autre question : « Et vous, que pensez-vous de notre président ? ». En général, la réponse se résumait à : « Heu, pas grand chose… ». Voilà, pareil pour nous.
Mais notre interlocuteur avait l’air de vraiment s’intéresser à notre point de vue, nous nous lançions. De notre côté, nous voulions aussi en savoir plus sur ce qu’ils pensaient de leur président et de sa politique internationale.

Pour leur répondre de manière diplomate mais sans leur mentir pour autant, nous leur disions que nous ne savions que ce que les médias français voulaient bien nous dire, et que globalement, sa politique internationale était loin d’être populaire par chez nous. Mais lorsqu’il s’agit des conflits se déroulant aux frontières russes (Ukraine, Crimée, Ossétie, Abkhazie…), la vision européenne (pour ne pas dire américaine) est souvent réduite à dire que les russes sont les méchants, point barre.

C’était une manière de leur répondre sans réellement nous mouiller. Nous ne sommes pas experts en géo-politique et nous voulions avoir leur avis sur ces questions sans qu’ils se sentent sur la défensive. Et il faut bien avouer que nous n’avons pas vraiment approfondi ces questions complexes avant d’arriver en Russie. Il ressort de nos échanges que le point de vue des citoyens russes est l’exact opposé de ce que nous entendons par chez nous. Si on voulait être un peu caricatural, on pourrait résumer ça en disant que l’avis russe est un copié-collé de tout ce qu’ils voient à la télé ou lisent dans les journaux, au même titre que notre avis d’européen est forgé par les informations que nous fournissent les médias.

 


 

Une fois pourtant, la discussion a pris une tournure un peu différente. Devant notre aveux d’ignorance sur ces sujets épineux, notre hôte de Khabarovsk a tenté de nous résumer le plus objectivement possible l’origine et le déroulement de deux de ces conflits : l’Ukraine et la Crimée. Il n’était pas pro-russe et tentait au contraire de s’intéresser aux points de vue de toutes les parties. Parlant à la fois ukrainien et russe, il a pu constater qu’il y avait une énorme propagande à la télévision, à la fois côté russe et côté ukrainien. Ce qui en ressort, c’est qu’il n’y a pas d’issue simple, et que c’est loin d’aller en s’apaisant. Cette longue explication a débouché sur une longue discussion, et un constat tout simple. Les américains renforcent leur présence militaire dans la région pour contrer la menace russe car ils craignent une volonté d’expansion de Poutine au-delà de ses frontières. Les russes à l’inverse, renforcent leurs forces armées à leurs frontières pour contrer la menace américaine, qu’ils sentent tout proche. C’est un cercle vicieux qui n’a peut-être aucun fondement réel, mais qui pourrait très mal finir.

 

Bref voilà, Poutine et sa politique, on n’a pas vraiment d’avis sur la question.


 

  2 Commentaires

  1. Seb G.   •  

    Intéressant cet article. C’est là qu’on voit le pouvoir des médias et la difficulté de se forger un avis sans subir d’influence extérieure.

  2. Jérôme, Gaelle & Co   •  

    Excellentes les 3 images sur Poutine !
    Il est quand même effrayant cette homme-là… d’un point de vue occidental bien entendu. D’aucun pourraient le comparer avec notre Napoléon national, mais ce n’est pas tout à fait la même époque. Napoléon avec l’armement actuel ? Je n’ose y penser…
    On peut espérer que son ego (à Poutine) lui fasse tellement grossir la tête qu’elle finisse par éclater comme une pastèque trop mûre… Mais non, ce n’est vraiment pas sympa de dire ça. Mais on peut le penser ! 🙂

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