La chevauchée fantastique

De l’impro (enfin !)

Matin du 5 avril 2015. Le luxe, le confort, les étapes préparées à l’avance avec une promesse de douche chaude et de lit douillet à l’arrivée, ça va un moment. Mais elle est où l’aventure, dans tout ça ?
Terminé. Maintenant, c’est en improvisation totale que nous allons voyager : nous partons le matin sans savoir où nous dormirons le soir, et pis c’est tout.
Bon, il faut dire que les circonstances nous forcent un peu la main… Pâques, dans les pays du nord, ils ne prennent pas ça à la rigolade. Dès les pays-bas, des œufs colorés ont commencé à fleurir dans les arbres. Nous avons vu le coup venir : d’habitude nous prévoyons les hébergements seulement des deux ou trois jours suivants. Cette fois, on s’y est pris deux semaines à l’avance. Mais après une dizaine de retours négatifs et une trentaine de demandes sans réponse, il a bien fallu se rendre à l’évidence : tout le monde passe cette période de l’année en famille ou en vadrouille. C’est bien normal, et ça nous pousse à partir à l’aventure !

Un jour de Pâque en Suède

En partant de Copenhague ce matin du 5 avril, nous ne savions donc pas où nous dormirions le soir. Objectif : partir de bon matin vers Helsingor où un ferry devrait nous permettre de passer de Lego-Land à Ikea-Land. Ensuite, se diriger vers le nord, jusqu’à en avoir assez de pédaler. Finalement, aller toquer à la porte, histoire de tester l’hospitalité suédoise. Au pire, nous avons l’escargot-pack : tout le nécessaire pour dormir, manger, se laver, tout ça dans nos sacoches. Même si ça ne s’est jamais présenté pour l’instant, c’est de cette manière que nous pensions voyager depuis le début, on est donc préparé à l’idée.


Une rencontre et tout bascule

Après une jolie balade de cinquante kilomètres, nous arrivons au ferry qui partait 10mn plus tard : timing au poil, la journée se présente bien. La météo est de nôtre côté, un temps parfait pour notre première nuit en camping si on devait en arriver là. Sur le bateau, nous ne serons que trois cyclistes. On ne pane pas un mot de ce que nous dit le gars chargé de nous faire embarquer : le plus simple est de suivre le local de l’étape. Une fois les vélos garés, notre compère cycliste s’en va prendre l’air. Nous pensons faire pareil lorsqu’un curieux s’approche de nous. Il vient de Chine, et est au Danemark quelques jours pour le boulot, profitant de quelques jours de rabe pour faire du tourisme en Suède.

Vous êtes chargés, vous venez de loin ?
         De Nantes, en France.
Fichtre, c’est pas la porte à côté. Et vous allez loin comme ça ?
         On va faire un tour au Japon, et on revient.
Le Japon, c’est une ville de Suède ? Attendez, le Japon… le pays ??? Diantre, ça fait un bout !
Vous prenez l’avion au retour ?

         Oh bah non, tant qu’à faire on va revenir en vélo.
Mazette, mais vous êtes de grands malades ! Vous êtes partis pour combien de temps ?
         Pour boucler la boucle, ça devrait nous prendre environ deux ans.
Woaw. Impressionnant.

C’est le genre d’échange qui revient régulièrement (à peu près, à quelques défauts de traduction près), et la réaction des gens nous fait toujours rigoler. C’est l’intro, ensuite selon les gens, la conversation peut partir dans d’autres directions. Notre amis chinois, lui, à l’air réellement impressionné par notre aventure. Il nous assure que tout quitter pendant aussi longtemps, ce n’est pas imaginable dans son pays : quitter son boulot, sa maison. On le rassure en lui disant qu’en France non plus, ce n’est pas tous les jours. Bref, une rencontre sympathique comme nous en faisons régulièrement depuis le départ. Notre packetage attise la curiosité, et parfois, ça débouche sur de belles rencontres. Qui sait, cette fois ça pourrait même déboucher sur un hébergement quand nous serons en Chine !

La traversée est rapide : il y a moins de 5km entre Helsingor au Danemark et Helsingborg en Suède. Le bateau arrive tout juste à quai quand l’autre cycliste nous rejoint et se présente : Allan, dannois. Il va rejoindre son copain Jesper, qui l’attend pas loin, à l’entrée du port. Il nous préviens que sortir d’Helsingborg est un vrai casse-tête, et nous propose gentiment de le suivre, puisque nous allons dans la même direction.

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Finalement, nous avons fait bien fait une dizaine de kilomètres avec eux, à discuter de tout et de rien, de voyage, de vélo… Deux gars bien sympas, qui ont pris le temps de rouler avec deux poids lourds alors qu’ils auraient pu filer comme le vent, avec leurs vélos en carbone ultra-light ! Ils se dirigeaient vers Åsljunga pour y passer le week-end. Là-bas, un sauna, du bon vin et un bon repas les attendaient. Ils allaient tracer leur route là-bas, mais ils nous ont proposé de les rejoindre à notre rythme, si nous pensions pouvoir faire autant de kilomètres.

On les a laissé partir, et une petite pause café nous a permis de réfléchir à la question… La perspective d’un agneau braisé, une bonne douche et un bon lit était très alléchante. Mais nous venions de faire 60km, et selon Jesper, il en restait pas moins de 50 avant d’arriver, à supposer qu’on ne se trompe pas de route. Le double de ce qu’on a l’habitude de faire. Et pas vraiment dans la bonne direction. La Suède, c’est loin d’être aussi plat que ce qu’on a connu ces dernières semaines, et là nous allions nous embarquer vers les coins plus pentus…

Forcément, on n’a pas pu refuser l’invitation. On a tenté le coup en se disant que si ça n’était pas jouable, on pouvait toujours planter la tente.


Finalement, on l’a fait ! 107km de vélo dans la journée. Sur les photos, les « hauteurs » ne sont pas flagrantes. C’est parce qu’à partir du moment où ça a vraiment commencé à grimper… on n’avait plus vraiment la tête à prendre des photos ! Mais à part le dernier kilomètre qui montait sévèrement, ce n’était pas si terrible que ça. C’est là qu’on se rend compte du chemin parcouru depuis le début, où après 60km de plat, ça commençait déjà à tirer.
Sur place, nos deux cyclistes, qui étaient arrivés deux heures et demi plus tôt, mais aussi la femme d’Allan, mais aussi toute la famille de Jesper. Ce fut une excellente soirée danoise en Suède !!

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Ce n’est pas cette fois que nous testerons le matériel de camping !
Reste à voir dans quelle forme nous serons le lendemain après cette étape marathon !

  5 Commentaires

  1. shumshumi   •  

    wooohoooo!!!

  2. Gwen   •  

    Salut Romain, ce voyage m’en met plein les yeux, c’est magnifique. C’est un périple que je suivrais avec assiduité via tes photos! Bon courage pour la suite!

  3. françois   •  

    Argh !!!! arrêtez vous me faites envie (toujours pas le vélo par contre 🙂 ).
    Bises !

  4. Seb G.   •  

    Pas dégueu leur stuga (maison de campagne), vous êtes vraiment bien tombés !

    Allez, pour l’anecdote (et le cliché), en faisant ce détour, vous êtes passés pas loin (80 bornes à vol d’oiseau) du village où l’histoire d’IKEA a commencée : Agunnaryd

    • Milie   •  

      On a vu pire comme bicoque, trop dure la vie ?

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