Les petites « Kommunes » de Scandinavie

L’anecdote de Maribo

Petit retour arrière : 29 mars 2015. Nous arrivions au Danemark. Après une journée alternant le vélo et le ferry, nous devions dormir le soir même à Maribo. Tout s’est calé comme d’habitude : quelques demandes d’hébergement, une réponse positive, emballé c’est pesé. Nous débarquons dans cette charmante bourgade danoise de 6000 habitants, pas mécontent d’être quasiment à destination après une bonne journée de vélo. C’est là que je me rends compte de la boulette, le petit chaînon manquant dans notre affaire rondement menée : à aucun moment nous ne lui avons demandé son adresse (et à ma décharge, à aucun moment elle n’a pensé à nous la donner). Pour rendre les choses un peu plus trépidantes, nous n’avons pas non plus son numéro de téléphone. Le seul moyen est de la contacter par Internet. Branle-bas de combat : il nous faut trouver une borne wifi. En général, ça se trouve dans les cafés, les bibliothèques ou parfois dans les gares. Tentative à la gare : perdu. La bibliothèque ? C’était un dimanche, elle est fermée. Nous arrivons devant un préfabriqué posé sur la grande place qui propose du café et des snacks.

Ils nous disent qu’il y a le wifi. Nous payons l’équivalent de 5€ en monnaie danoise pour deux petits espresso. Nous savions que le coût de la vie serait élevé en Norvège, mais on ne s’attendait pas ça dès le Danemark ! La serveuse nous donne le code wifi, et… pas moyen de le faire fonctionner… Tant pis, nous buvons tranquillement notre café, et nous partons à la recherche d’un autre endroit où se connecter. Nous trouvons une sorte de salon de thé un peu plus cosy. Nouvelle tentative, mais cette fois nous testons le wifi avant de passer commande, on ne va pas se faire avoir deux fois. Cette fois ça fonctionne. Nous payons à nouveau l’équivalent de 5€ pour deux tasses de thé. Nous envoyons un message à Ida pour lui donner notre numéro de téléphone, en espérant qu’elle se connectera rapidement… Une heure plus tard, elle nous envoyait son adresse par SMS. C’était juste un kilomètre plus loin.

Cette petite anecdote s’est bien terminée, et cela nous a servi de leçon pour les fois suivantes, notamment avec l’arrivée des « Kommunes ».

L’effet « Kommune »

10 avril 2015. Nous sommes à Jonsered chez Frida et Seb, et nous profitons de cette petite pause pour préparer nos futurs hébergements sur le chemin menant en Norvège. Un couchsurfer répond à notre appel : il habite à Munkedal. C’est pile sur notre route, on ne pouvait pas trouver mieux. Cette fois, j’envoie un message à notre hôte en lui demandant son adresse et son numéro de téléphone. Surprise : ce n’est pas du tout là où nous pensions, mais 25km au nord-est, dans la mauvaise direction ! Ce n’est plus ni sur la bonne route, ni à la bonne distance. C’est de cette façon que nous avons appris l’existence des « Kommunes » (ça se prononce « comioune »).

Voici deux exemples un peu extrêmes, pris le 22 mai 2015. D’un côté : un panneau indique que nous quittons la « Kommune » de Kiruna, la principale ville du nord de la Suède. Le centre-ville est seulement à 232km… De l’autre, le panneau annonce la Kommune de Pajala avec son centre-ville qui n’est qu’à 133km.

C’est une des particularités de la Suède et la Norvège, et cela n’a pas du tout facilité nos recherches d’hébergements. Le système de « Kommune », en simplifié, c’est une bourgade plus grosse que les autres qui englobe d’autres villages de moindre importance. Parfois, cela couvre une superficie de plusieurs milliers de kilomètres carrés ! Lorsqu’on leur demande où ils habitent, certaines personnes ont l’habitude de donner le nom de leur Kommune plutôt que le nom de leur petit village, sûrement parce que c’est plus connu. Un peu comme si un habitant d’Oudon disait qu’il habitait à Nantes, alors que c’est à 30 bornes. Pas très grave quand il s’agit de faire connaissance et de discuter un peu. Mais quand il faut faire la route en vélo, un peu plus de précision n’est pas de refus ! Mais voilà, sur le site « CouchSurfing », le niveau le plus fin pour les utilisateurs suédois et norvégiens, c’est la Kommune !! Donc pas moyen de savoir exactement où habitent nos futurs hôtes sans leur demander précisément leur adresse ! Ça prend plus de temps, et même parfois, ça ne suffit pas.

La rue qui n’en finit plus

Une dernière anecdote, après on vous laisse tranquille avec les pays scandinaves. Nous étions hébergés chez Kuba. Nous lui demandons son adresse, il nous donne le nom de sa rue et le numéro, pas la ville. Nous savons juste que ça se trouve sur l’île de Vestvågøy. C’est un peu galère à trouver sur la carte, mais après y avoir passé un peu de temps finalement, nous trouvons sa rue. C’est à seulement 60km, et c’est tout plat : facile.

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— Nous y voilà, c’est la bonne rue !
— Il habite à quel numéro ?
— Attend, je crois bien que c’est indiqué dans son dernier SMS.
— On va peut-être arriver avant la pluie…
— Heu… Bon, accroche-toi, on est au n°12 et il habite… au 2577 !
— Ça doit être à quoi, deux ou trois kilomètres ?

« Valsbergvagen », ça signifie « route de Valsberg ». Nous avons compris par la suite que les numéros de maisons ne vont pas de 1 en 1 comme dans les rues classiques, car elles sont trop éloignées les unes des autres. Elles sont numérotées par rapport à la distance qui les séparent du début de la route, en ajoutant 1 tous les 10 mètres. Nous étions au n°12, donc à 120 mètres du début de la route. Nous allions au n°2577, donc à un peu plus de… 25 kilomètres ! Notre hôte habitait dans la « rue » la plus longue de l’île, qui fait la bagatelle de 30km de long !

Pourquoi ne pas nous indiquer simplement « Moland », le nom du village ? Ou encore préciser que ça se trouve à la pointe est de l’île ? Mystère. Mais tout comme pour les « Kommunes », cela n’a pas l’air d’être dans les habitudes d’utiliser le nom des petites bourgades. Pas simple quand on voyage à vélo et que 20km peuvent faire une énorme différence ! Donc maintenant, dès que possible, nous demandons les coordonnées GPS du point d’arrivée. Certainement moins « old school », mais au moins, c’est simple, précis, et ça nous évite les mauvaises surprises de fin de journée, le moment où nous découvrons que l’adresse que nous avions sur la carte n’est en fait pas du tout la bonne…

  1 Comment

  1. Michel Meunier   •  

    Bonjour,
    Et bien en Thaïlande ca fonctionne itou pareil;
    si vous demandez a ma femme ou elle habite, elle vous répondra : Sakon Nakhon;
    or nous habitons un petit village qui se trouve effectivement dans la province de Sakon Nakhon mais a 100 bornes de la préfecture !
    Ici, les provinces sont les départements en France ;
    et les préfectures portent le même nom que la province .

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