Không !

Régime low cost

Le 25 décembre au matin, petit arrêt pour acheter quelques bananes pour la route. Au moment de payer les modiques 5Mđ que la marchande nous demandait pour une demi-douzaine de « lady fingers », nous nous sommes aperçu que nous n’avions plus que 64Mđ en poche. Il aurait dû nous rester beaucoup plus que ça !

 


 

On ne saura jamais où sont passé les quelques 100Mđ manquants. Mais l’important est que ce petit arrêt nous a évité de nous retrouver dans une situation bien plus compliquée que chez notre arnaqueur-cuistot de la veille. Quand nous mangeons notre « Cơm Gà » du midi, on s’assure d’abord du prix, on s’installe, on mange, et ce n’est qu’après avoir tout englouti que nous sortons le porte-monnaie. Imaginez un peu si nous avions réalisé au moment de payer la note que nous n’avions pas les moyens, sans un seul distributeur de billets à l’horizon… !

 

Nous étions bientôt à sec, mais il ne nous restait que quelques heures de vélo avant la prochaine tirette. En attendant, nous avons quand même entamé un régime à très bas coût : noodles en sachet, quelques « bánh đeo », des petits gâteaux à base de riz, fruits confits et graines de sésame très nourrissant, et des bananes. De quoi être bien repus pour moins d’un euro pour deux… et reprendre la route, parce que les distributeurs sont parfois à l’intérieur de la banque, accessible uniquement pendant les horaires d’ouverture.

 


 

Le clou du spectacle

Dès notre arrivée à Mường Lay, nous sommes tombés nez à nez devant une « Agribank », une heure avant la fermeture. On aime quand un plan se déroule sans accroc. Ça nous laissait le temps de renflouer les caisses, de nous trouver une chambre où dormir, et peut-être même d’en profiter pour se promener un peu dans la ville avant que la nuit tombe.

Vous vous demandez sûrement pourquoi, dans les derniers articles, on s’est mis à annoncer le prix de toutes nos dépenses et l’état de nos finances. Pour un petit aperçu de notre quotidien ? Vous donner une idée du niveau des prix du pays ? Oui, mais pas que. On y vient, vous allez vite comprendre.

Ne voyant pas de distributeur à l’extérieur, j’entre dans le bâtiment pour constater qu’il n’y en avait pas non plus à l’intérieur. Je demande à la femme au guichet, qui m’annonce poliment que c’est la seule banque de la ville. Ah.

Et le prochain ATM ?

Avec un grand sourire, elle me dit qu’il n’y a pas la queue d’un distributeur avant Điện Biên Phủ, à 100km.

Je ne parle pas le Vietnamien couramment, donc afin d’être bien certain d’être dans la merde, je tente ma chance une nouvelle fois de manière un peu plus illustrée : je lui montre notre carte bleue. Elle l’inspecte comme si elle n’avait jamais rien vu de tel de sa vie, et appelle son collègue. Avec un signe de tête négatif, toujours tout sourire, ils m’annoncent : « Không ! ».

En vietnamien, ça veut dire non.

Et changer des euros ou des dollars ? … « Không ! »

En fait, vous ne voulez pas nous aider ? … « Không. »

 

Les khôngs.

 

Douche froide

Nous nous retrouvions avec 1,5€ en poche dans un pays où planter la tente relève de l’exploit. Toquer à la porte peut se tenter dans la cambrousse, mais en ville, c’est beaucoup moins simple. Nous avons tenté notre chance à l’hôtel du bled, mais lui non plus n’acceptait pas les monnaies étrangères. Ça peut se comprendre. Ce qui l’est moins, c’est qu’il a subitement arrêté d’être tout sympa et souriant dès qu’il a compris que nous n’avions pas un rond. Alors nous sommes devenus inexistants, inutiles.

La situation était d’autant plus ridicule que nous avions un bon paquet de dollars sur nous. Oui m’ssieur-dame, des $$$ tout plein. Les visas laotiens et cambodgiens s’achètent en arrivant au poste frontière. Il est bien sûr possible de payer en monnaie locale, mais étrangement, ça revient largement moins cher de payer en monnaie américaine. Comme il est de toute façon difficile d’obtenir des kips en dehors du Laos ou des riels en dehors du Cambodge, nous avons profité de notre passage à Hanoï pour faire le plein de dollars. Mais ça n’allait pas nous aider à nous tirer de ce mauvais pas.

La fatigue de la journée de vélo à monter et descendre par monts et vallons ne nous aidait pas non plus à réfléchir à tête reposée. Nous avons tenté notre chance à la poste locale, encore ouverte pour quelques minutes. Scène incroyable : la femme au guichet a rapidement capté que nous ne voulions pas juste acheter des timbres. Elle était toute gênée, et n’osait même plus nous regarder. A nouveau, nous sommes devenus complètement transparents. Son collègue ne nous a même pas regardé une seule fois. Les deux étaient pourtant à moins d’un mètre de nous ! Il a fallu élevé la voix, et écrire en gros SOS, HELP !! sur une feuille de papier pour qu’ils daignent nous adresser la parole et prononcer le mot de la journée.

« Không ! »

Nous étions passablement énervés et même hallucinés par l’attitude des gens de Mường Lay. La poste, la banque ou l’hôtel : même combat. Ils n’auraient peut-être pas pu vraiment nous aider, mais leur complète indifférence a eu le don de nous mettre les nerfs en pelote.

Quelles solutions avions-nous ? Nous aurions pu envisager de sortir de la ville pour planter la tente à l’arrache quelque part, et pédaler les 100km pour rallier Điện Biên Phủ le jour suivant. En se nourrissant de bananes avec les quelques đồng qui nous restaient, ça aurait pu le faire. Mais cette région du Vietnam est loin d’être plate… Même dans des conditions normales, nous ne nous sentions physiquement pas capable de le faire.

Nous avons décidé de nous mettre en quête du poste de Police le plus proche. Peut-être qu’ils pourront nous aider. Au pire, ils nous mettront en cellule pour la nuit… ça fera une autre histoire à raconter !

 


 

Voilà pour notre petite histoire de noël. C’était bien, non ?

  5 Commentaires

  1. Catherine   •  

    Quel suspens mes amis ! Et quelle verve dans le descriptif minutieux, le taille-ming détaillé de l’aventure !
    Le désagrément de la situation n’a d’égal que l’épatant don narratif des victimes ! Et le rire des lecteurs et lectrices du blog ;o) HaHaHa !

  2. Albane et Michaël   •  

    Ce genre d’expérience arrive au moins une fois lors d’un voyage de long cours: expérience partagée 🙂

  3. Sandrinou   •  

    Oui la suite la suite!!!! Quel suspens sur Karoutcho.fr
    Insoutenable !!!
    Vous mettriez des pages publicitaires là maintenant, vous pourriez vous payer tous les dôngs du Vietnam !!;)
    Bisous

  4. sophie   •  

    Ah oui drôlement bien……….mouah ah ah ah……….
    ;o)))
    mais bon la suite, la suite, la suite…….
    Sinon ton dos Emilie?
    love mum

  5. Seb G.   •  

    C’était bien oui … mais vivement l’article sur le happy ending 😉

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