En voiture, s’il vous plaît !

L’effet de surprise

Après s’être « fait la main » sur un premier voyage en train, on aurait pu penser que pour les suivants, ça se passerait comme sur des roulettes. Tuons tout de suite le suspens, nous avons pris quatre fois le train « longue distance » en Russie et même si nous avons toujours finit par embarquer avec les vélos, ça n’a jamais été sans mal. Même quand le plus dur semblait être derrière nous… il y avait toujours un petit grain de sable pour gripper la machine bien huilée. La petite surprise de dernière minute.

A la fin de cet article, vous saurez tout : il est temps d’en finir avec ces histoires de train !

 


 

Petite gymnastique (de l’esprit)

Pour mettre toutes les chances de notre côté, nous avons amélioré notre technique d’approche. Avant d’arriver en gare, nous sommes allé faire un tour sur le site internet officiel pour obtenir les informations précises des numéros des trains, horaires, places dispos et tarifs. Avoir toutes ces données en tête avant de se retrouver devant celui ou celle qui vend les billets, ça permet de rester concentrer sur tout le reste. Mais notre vraie botte secrète, c’est d’aller acheter les billets avec un russophone à qui nous avons tout bien expliqué avant.

Avec l’aide de notre hôte de Perm, l’achat des billets passagers et vélos s’est fait sans souci. Le train n°72 arrivait en gare à 0h28 et repartait à 0h48, ce qui nous laissait 20mn de battement.

 


 

L’heure affichée sur les photos est correcte : le train n°72 devait bien arriver à 22h28. Pourtant il est arrivé pile à l’heure à la gare de Perm… à 0h28 pétante. Ça mérite une explication. Rappelez-vous, la Russie est le pays aux 11 fuseaux horaires. S’y retrouver dans les horaires de trains aurait pu être un casse-tête sans nom. Pour éviter ça, toutes les gares du pays affichent l’heure de Moscou. Que ce soit au guichet, sur les billets ou sur internet, c’est pareil. Il suffit de savoir qu’il y a un décalage de deux heures entre Perm et Moscou pour en déduire que notre train arrivera bien en gare à 0h28 heure locale, soit 22h28 heure de Moscou, comme affiché.

 

La provonidza de Perm

L’annonce du quai à la dernière minute et l’accès au quai toujours aussi inadaptés, c’est devenu la routine. Entre les passagers qui sortaient pour se dégourdir les jambes, ceux qui embarquaient et ceux qui descendaient, nous avons dû nous faire une petite place pour emballer les vélos. L’opération a été menée de manière bien plus efficace que la première fois. Le plus dur était fait, il ne restait plus qu’à grimper dans le train.

 


 

Lorsque nous avons présenté les billets des vélos à la provonidza du wagon n°15, nous avions encore de la marge. Ça tombait bien, parce que nous devions encore transporter nos sacs à la voiture n°5 où se trouvaient nos couchettes.

 

Mais la dame en uniforme était de mauvais poil : elle ne voulait pas nous laisser embarquer les vélos. Nos « paquets » n’étaient soi-disant pas au format règlementaire. Lors de l’achat des billets, on nous a pourtant assuré que la taille maximum pour les bagages encombrants était de 180cm. A deux centimètres près, nous étions pile dans la limite ! Ce fut le début d’une longue « négociation » sans queue ni tête. Son argument : nos emballages de fortune n’étaient pas aux normes. Le nôtre : nos billets précisaient noir sur blanc que nous avions payé pour des « velociped ».

Nous n’avons pas bronché, et elle a finalement lâché le morceau au tout dernier moment. Il lui était sans doute difficile de laisser deux touristes en plan sur le quai avec des papiers en règle. Elle a malgré tout eu sa petite revanche : en acceptant de nous laisser embarquer in-extremis, nous n’avions plus le temps de rejoindre notre wagon couchette. Le train était déjà en mouvement lorsque nous avons « jeté » la dernière sacoche à l’arrache dans le wagon qui transportait les vélos.

C’est ce qui s’appelle « prendre le train en marche » !

 


 

Nous avons dû traverser une dizaine de voiture pour rejoindre nos couchettes. La plupart des passagers dormaient déjà, et les couloirs des wagons sont plutôt étroits… Pas possible de porter plus de deux sacoches à la fois sans risquer de donner un coup dans les pieds ou la tête des gens allongés… A chaque nouvelle voiture, il nous fallait montrer pâte blanche auprès du responsable du wagon et lui expliquer que nous ne faisions que passer… La petite blagounette nous a pris trois quart d’heure. Une fois à nos places, nous nous sommes affalés sur nos couchettes jusqu’au petit matin.

 

Le guichet d’Ekaterinbourg

Pour le trajet Ekterinbourg-Irkutsk, cette fois ils ont fait du zèle dès le guichet, où ils ne voulaient pas nous vendre des billets « Velociped ». Nous avions beau leur montrer ceux de nos deux trajets précédents, rien à faire. C’est là que nous avons appris le véritable règlement. Un « bagage encombrant » ne doit pas dépasser 180cm en additionnant la longueur, largeur et hauteur du paquet… Autant dire que nous étions loin d’être dans les clous. Ça a pris trois heures (de 8h à 11h) et un changement de guichet, mais nous sommes finalement repartis avec nos billets « Velociped ». Quelques jours plus tard au moment de charger les vélos, ça n’a pas non plus été simple, malgré la présence d’Irina et deux de ses amis pour nous aider. Cette fois, contrairement à ce que la tête de mule du guichet nous avait assuré, il n’y avait pas de compartiment spécifique pour « encombrants » dans le train. Mais nos amis ont géré ça comme des chefs : les vélos ont finalement voyagé dans un espace inutilisé situé entre la locomotive et le premier wagon.

 


 

La faute de frappe à Oulan Oude

Une petite dernière pour la route. Notre quatrième et dernier voyage en train s’est presque déroulé sans accroc. Tout se passait à merveille, c’était trop beau pour être vrai. Au moment d’acheter les billets, nous avions fait en sorte, cette fois, que notre wagon soit le plus proche possible de celui des vélos. Nous avons même discuté avec la chef de gare avant l’arrivée du train, qui nous a assuré que nous n’aurions pas de soucis avec les vélos malgré leur taille imposante ! Une affaire rondement menée.

Je m’étais chargé de monter les vélos pendant qu’Emilie s’occupait des sacoches. Elle avait déjà embarqué, il ne me restait plus qu’à grimper avant le départ du train. Mais avant, un dernier détail, une broutille : le contrôle du ticket. Confiant, je le tend à la provonidza avec mon passeport. Elle inspecte les documents, les compare, ça prend des plombes. Finalement, elle me dit une longue phrase en russe, de laquelle je n’ai pu extraire que le mot « Niet ». Je n’avais rien compris, mais ce n’était pas bon signe. En fait, le problème était très simple : il y avait une lettre en trop dans le numéro de passeport indiqué sur le billet, qui ne correspondait donc pas avec le numéro de mon passeport. A l’évidence, c’était une petite erreur de frappe. Mais ça lui posait un énorme problème. Nous savions qu’il fallait vérifier scrupuleusement toutes les informations d’un billet de train au moment de l’achat… Mais cette minuscule erreur est passée à la trappe. Rien à faire, elle ne voulait pas me laisser monter. Un autre contrôleur est arrivé, suivi du responsable du train. Il a finalement fallu que notre copine la chef de gare elle-même s’en mêle, pour convaincre tout ce beau monde que je n’étais pas un dangereux criminel en fuite, et qu’ils ne pouvaient pas me faire rater le train pour une simple erreur de frappe pour laquelle je n’étais pas responsable. Je sais ça car elle parlait anglais et nous a traduit tout ça ensuite, avant de nous souhaiter bon voyage.

 

Dommage que nous n’ayons pas tenté un cinquième voyage en train, pour voir ce qui aurait encore pu arriver !! Mais notre avis sur le cliché n°5 est clair : prendre le train en Russie avec des vélos de grande randonnée n’est pas une partie de plaisir. Le moindre petit détail peut venir enrayer la machine. Il faut s’armer de patience et de ténacité pour tenir tête aux officiels russes, qui ne font au final que leur boulot.

En revanche, contrairement à ce qu’on nous avait dit, le tarif est le même pour les russes et les touristes. Mais malgré ce détail, le cliché est validé !

 
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