Des pilotes hors pair…

Complètement à l’ouest

Sur la partie « ouest » de notre périple en Russie, nous avons fait un constat assez peu flatteur, qui s’applique exclusivement aux hommes. Prenez n’importe quel type sympa, posé, et intelligent. Installez-le au volant de n’importe quelle voiture. Immanquablement, il va se transformer de manière tout à fait radicale en quelqu’un de complètement cinglé et inconscient. A croire que par un mystérieux mécanisme, une bonne partie de ses neurones se mettent en grève.

Pour être honnêtes, il nous faut préciser que de base, Emilie comme moi ne sommes pas complètement rassurés en voiture, lorsque nous ne sommes pas au volant. Mais en Russie, c’était bien au-delà de ça. Lorsque l’un de nos hôtes nous proposait gentiment de nous emmener faire une visite en voiture, au début, nous étions bien souvent emballés. Et rapidement, on s’en mordait les doigts. Malgré l’état des routes plutôt aléatoire, les limites de vitesse, on oublie. Les lignes continues ? C’est pour les blaireaux. Doubler dans un virage ou en côte sans visibilité aucune ? T’inquiète, je n’ai jamais eu d’accident. Fais-moi confiance !

Même ceux avec qui nous nous entendions à merveille, il est compliqué de leur demander de calmer le jeu. Remettre en cause leur talent de pilote est quasiment une insulte. Nous avons beau les brosser dans le sens du poil en leur expliquant que nous ne doutons pas de leurs compétences, mais plutôt de celles des autres conducteurs qui décideraient de doubler sans visibilité au même moment… Rien n’y fait. C’est même parfois encore pire.

 


 

Un exemple parmi d’autre. Cette fois, nous étions cinq dans une Renault Logan. Emilie & moi étions assis sur la banquette arrière. Nous roulions sur l’équivalent d’une départementale chez nous, les nids de poules en plus. Pas de bol, j’étais pile dans l’axe du compteur de vitesse. Alors que l’aiguille titillait le 140, notre taré de chauffeur y allait franco sur les dépassements cavaliers. A ce niveau là, ce n’était même plus de la peur : cette fois, nous pensions sincèrement que nous allions crever. Nous avons pris un virage tellement serrés qu’on n’attendait la sortie de piste d’une seconde à l’autre. Lorsqu’il a fallu ralentir, au lieu d’appuyer sur la pédale de frein, il a rétrogradé en 4e. La voiture tremblait de partout, on ne s’entendait plus dans le cockpit.

Lorsque nous sommes arrivés à destination, notre pilote a sorti un compresseur de son coffre pour regonfler ses pneus, qui étaient largement sous-gonflé.

 

Le paradoxe du conducteur russe

Mais alors, faut-il être complètement inconscient pour rouler en Russie à vélo ?

Pas du tout. Une fois sur notre vélo, ce côté complètement dingue du conducteur russe disparaît complètement. Nous ne nous sommes pas sentis plus en danger sur les routes de Russie que sur celles des pays précédents. Est-ce grâce à notre accoutrement de cyclo-touriste ? Est-ce parce que les gens sont surpris de nous voir pédaler là où normalement personne ne pédale ? Est-ce parce qu’il y a presque toujours un bas côté qui nous permet de nous arrêter si besoin ? Peu importe, autant nous avons flippé comme jamais DANS la voiture, autant nous nous sentions en sécurité sur notre bicyclette. Leurs dépassements à l’aveuglette ne nous concernaient plus vraiment.

 


 

Cliché n°2 : Roulez bourrés

Tout ça nous amène à parler du cliché n°2. Petit rappel :

Une conséquence directe du cliché n°1 : il semblerait que les russes ne sachent pas choisir entre boire et conduire. Croiser un conducteur fait comme un coin devrait bientôt faire partie de notre quotidien. Se jeter sur le bas-côté va devenir une seconde nature !

Les russes n’ont pas clairement besoin d’être bourrés pour conduire n’importe comment. Les routes sont dans un tel état que cela demande une concentration intense : conduire en état d’ébriété serait complètement inconscient. Nous avons eu l’occasion d’en discuter avec plusieurs personnes. Les avis divergent d’une région à l’autre, car les lois, les contraventions, le pouvoir des policiers changent selon les régions, qui peuvent avoir plus ou moins d’autonomie vis-à-vis de Moscou. Mais globalement, il semblerait que la répression sur l’alcool au volant a été tellement sévère ces dernières années (zéro gramme) que rouler bourrer est une activité à haut risque pour qui veut conserver son permis de conduire.

Nous avons profité d’une rencontre avec un autostoppeur finlandais qui a traversé la Russie de long en large et en travers pour avoir un autre avis sur la question. Il a rencontré quelques conducteurs ivres, principalement dans des zones très reculées, où les contrôles routiers sont quasiment inexistants. Dans ce cas, il trouve toujours un moyen poli de ne pas monter dans la voiture.

Pour en finir avec ce cliché, nous n’irons pas jusqu’à dire que l’alcool au volant n’existe pas au pays de la Vodka. Mais en nous basant uniquement sur ce que nous avons pu constater, le cliché des russes bourrés au volant ne s’est pas vérifié !

  1 Comment

  1. Sophie   •  

    107. A trunk bronfn varemt in vinter un kilt in zumer
    (a balegolish vertl)

    אַ טרונק בראָנפֿן װאַרעמט אין װינטער, און קילט אין זומער.
    (אַ בעל-עגלהש װערטל)

    Un petit coup de vodka réchauffe en hiver, et rafraichit en été.
    (dicton de charretier)
    Tout ceci en Yiddish, en Hébreu et en français!

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