Arnaques, bakchichs & Co.

La loi du bakchich ?

Continuons d’éplucher la liste de clichés que nous avons recensés avant d’arriver en Russie, avec le cliché n°3.

En Russie, la corruption serait omniprésente. Il faudra particulièrement prendre garde à ne pas se faire arrêter par la police locale, au risque de devoir jouer du bakchich pour pouvoir reprendre la route. Mais plus généralement, pour tout ce qui touche à l’administratif, un petit biffeton aiderait largement à accélérer les procédures. Comme nous ne mangeons pas de ce pain-là, il va nous falloir parfois faire preuve de patience.

Allons droit au but, nous n’avons pas vraiment rencontré ce type de situation. Les policiers que nous avons rencontrés sur la route nous ont toujours copieusement ignoré. Dans les magasins ou restaurants, nous n’avons jamais eu l’impression de payer le tarif « touriste ». Le coup de l’enregistrement du visa, c’était peut-être un peu cher payé, mais ça nous a évité de longues heures d’attentes dans les administrations pour un résultat plus qu’incertain. L’expérience la plus « extrême » que nous ayons rencontrée, c’est dans le train allant vers Ekaterinbourg. En revenant d’une pause technique, Emilie a croisé le responsable du wagon qui lui a carrément demandé de l’argent (sans préciser la somme). Forcément, elle lui a demandé pourquoi. Il n’a pas répondu. Elle lui a dit « Niet » et est repartie s’installer confortablement sur sa couchette. Il ne nous a pas reparlé du voyage. Il a sûrement tenté sa chance, au cas où.

En résumé, la Russie ne nous est pas apparue comme un pays « corrompu ». Encore un cliché qui n’est pas confirmé par notre expérience sur le terrain. Est-ce pour autant le pays des bisounours ? Sûrement pas. Mais nous sommes restés la plupart du temps hors des sentiers battus, et notre condition de voyageurs à vélo ne fait pas de nous une cible de choix.

 

 

Nous avons quand même eu vent de cas de corruption à un tout autre niveau. Certaines routes qui auraient dû être en bon état selon notre carte routière étaient en réalité dans un état lamentable. Une erreur au niveau de la carte ? Un de nos hôtes nous a donné une explication un peu différente. La Russie est un grand pays, contrôlé par Moscou. L’intégralité de l’argent produit par les régions est envoyé à la maison mère, qui le redistribue ensuite comme bon lui semble, par exemple pour la construction ou la rénovation des routes. Mais dans les régions les plus reculées, les décideurs du Kremlin sont tellement éloignées qu’ils ne viendront jamais vérifier si les travaux ont été faits ou non. Moscou pense que les travaux sont terminés, les cartes sont mises à jour, mais sur le terrain… Dans le pire des cas, les travaux n’ont jamais débutés. Mais souvent, c’est plutôt du travail bâclé, avec des économies drastique sur la qualité des matériaux utilisés. Au passage, l’excédent de budget aura servit à distribuer quelques pot-de-vin, et à enrichir quelques responsables politiques locaux. Hop, l’affaire est bouclée. Jusqu’à ce que ça devienne trop flagrant, et que l’un d’entre eux se fasse choper et paye pour les autres, pour faire un exemple. Ça permettrait aussi d’expliquer pourquoi les routes russes ont une durée de vie assez limitée.

 

La boîte noire

En 2010, l’OMS a réalisé la première étude mondiale sur les accidents de la route. Un organisme américain, le Pulitzer Center, s’est basé sur cette étude pour fabriquer une carte interactive nommée « Road Kills Map« . Ils sont allez assez loin dans le détail : pour chaque pays, ils indiquent le taux de mortalité « déclaré » et celui « estimé ». On ne sait pas bien bien comment ils ont obtenus ces estimations, mais c’est intéressant par exemple de voir que les informations « déclarées » par la Corée du Nord différent un tout petit peu des données « estimées »… Bref, tout ça pour dire que la Russie est régulièrement citée parmi les pays où il y a le plus d’accidents de la route. Il n’y a qu’à voir le nombre de vidéos qui circulent sur internet montrant des accidents de la route en Russie. Ils en font même des « best-of ». Cette carte permet de relativiser un peu : rapporté au nombre d’habitant, c’est vrai que c’est beaucoup plus qu’en Europe, mais largement moins qu’en Thaïlande.

 


 

Nous sommes montés dans une voiture qui avait un étrange petit boîtier attaché au pare-brise. Le conducteur nous a expliqué que depuis quelques années, beaucoup de russes ont installé une petite caméra (dash cam) dans leur véhicule pour se protéger des arnaques en tout genre. Au moindre accrochage, tout est dans la boîte. Ça fait office de preuve auprès de l’assurance, mais aussi pour les constats à l’amiable. Dans le cas de notre ami, il s’agissait en fait d’un boitier en plastique vide ! Juste de quoi rebuter les petits malins. Il nous a alors raconté une petite anecdote. Un jour, deux flics postés sur le bas côté de la route lui ont demandé de s’arrêter. L’un des deux s’est approché, et dès qu’il a aperçu le boîtier en plastique collé sur la pare-brise, il s’est retourné vers son collègue en gueulant : « Laisse tomber, il a une caméra ! ». Ils l’ont laissé repartir sans même prendre la peine de lui parler. Sans ça, ils lui auraient certainement trouvé n’importe quelle excuse (bidon) pour lui faire payer une amende. Les policiers corrompus seraient encore monnaie courante dans certaines régions. Et certains malhonnêtes qui font un business de ces petites arnaques aussi. Ça encourage les conducteurs honnêtes à investir dans ces petites caméras. Ça explique le nombre de vidéos d’accidents russes publiées chaque année. En revanche… ça n’explique pas le contenu « improbable » de certaines vidéos.

 

 

  3 Commentaires

  1. Marie   •  

    ah oui quand même !

  2. François   •  

    Bon anniv Camarade !

  3. Sophie   •  

    Etonnant ce tank……….. ;o)
    love mum

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